24 mars, Journée mondiale de lutte contre la tuberculose : les populations précarisées particulièrement exposées

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Clinique urbaine de traitement de la tuberculose, financée par le Fonds mondial, Termez, Ouzbékistan. Crédit : John Rae / Fonds mondial, 2013

Alors que le monde s’inquiète, à juste titre, de l’évolution de la pandémie de COVID-19, la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, ce mardi 24 mars, vient rappeler que d’autres maladies infectieuses potentiellement mortelles et extrêmement contagieuses, telles que la tuberculose, persistent. Parce que ces épidémies sont politiques, elles frappent d’abord les populations fragilisées par leurs conditions de vie précaires. Témoignage.

La tuberculose, un défi majeur pour la sécurité sanitaire mondiale

Chaque année, on estime qu’environ 10 millions de personnes dans le monde contractent une forme active de la tuberculose (OMS, 2019). Parmi elles, 3 millions de personnes « manquent à l’appel » des systèmes de santé publique. Cela signifie qu’elles ne sont ni diagnostiquées, ni prises en charge, ni déclarées. En parallèle, des formes résistantes et multirésistantes de la tuberculose continuent de se développer, faute de suivi et traitement adaptés aux besoins des patients-es. Un vrai défi pour la sécurité sanitaire mondiale : en 2018, on comptait un demi-million de nouveaux cas de tuberculose résistante aux antibiotiques. En outre, la tuberculose reste une menace bien réelle pour beaucoup de personnes vivant avec le VIH. 13% des décès liés au sida sont dûs à la tuberculose.

A l’instar du VIH, la tuberculose frappe certaines populations de manière disproportionnée. En effet, l’infection se transmet par voie aérienne. L’insalubrité des lieux de vie et la promiscuité sont donc des facteurs majeurs de propagation de l’épidémie. C’est le cas notamment dans les lieux de détention, les lieux d’accueil des personnes réfugiées ou migrantes et les lieux de vie des personnes sans domicile fixe et usagères de drogues. Ainsi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que l’incidence de la tuberculose dans les prisons serait jusqu’à 100 fois plus élevée que dans la population générale.

En Roumanie, “TT”, décédé d’une tuberculose multirésistante et victime d’un système qui fragilise les plus vulnérables

Sur le continent européen, 18 pays représentent 99% des cas de tuberculose multirésistante. Avec 13 000 citoyens-nes atteints-es de tuberculose, la Roumanie est l’un de ces pays en première ligne dans la lutte contre l’épidémie. En 2017, plus de 1000 personnes y sont décédées des suites de la tuberculose. “TT” [pseudonyme, NdlR] était l’une d’entre elles. 

Monica Dan, psychologue au sein de ARAS, membre roumain de Coalition PLUS, raconte la grande précarité dans laquelle cet homme, usager de drogues et sans domicile fixe depuis ses 13 ans, se trouvait à l’époque : “A l’époque où il nous a approchés, il ne touchait plus les indemnités et aides auxquelles il avait pourtant droit. Malheureusement, il n’avait pas les papiers d’identité nécessaires pour avoir accès à ces aides et à la sécurité sociale.

Atteint d’une tuberculose active, diagnostiquée au cours de son incarcération, “TT” présentait également une co-infection au VIH et à l’hépatite C. Cependant, n’ayant pas de résidence fixe, il lui était impossible d’obtenir les papiers d’identité nécessaires à sa prise en charge par le système de santé public. En effet, en Roumanie, les hôpitaux ne peuvent pas se faire rembourser leurs dépenses lorsque le ou la patient-e n’a pas de sécurité sociale. 

“Faute de prise en charge adéquate, TT a développé une tuberculose multirésistante qui a fini par le tuer”, dénonce Monica Dan. “À mon sens, il a été victime d’un engrenage qui agit contre tous les citoyens, surtout les plus vulnérables. En apprenant son décès, je me suis vraiment sentie impuissante face à ce système. ”

A Bucarest, un projet pilote pour favoriser la prise en charge de la tuberculose en-dehors de l’hôpital

Pour répondre aux défis posés par la prise en charge des patients-es au sein du système hospitalier roumain, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme finance un projet pilote de prise en charge ambulatoire de la tuberculose. Lancée en janvier 2020, cette initiative, pilotée par le ministère de la santé roumain, concerne environ 200 patients-es. Tous-tes seront traités-es dans des dispensaires de Bucarest, ce qui évitera de devoir les isoler et les hospitaliser – sauf en cas de complications cliniques. 

En outre, ce projet permet un diagnostic rapide des personnes atteintes de tuberculose, ce qui limite les risques de transmission. En fonction des résultats, ce projet pilote pourrait être étendu au niveau national.

Tuberculose et COVID-19 : des ripostes complémentaires

Comme la tuberculose, la maladie à coronavirus COVID-19 est une infection pulmonaire potentiellement mortelle et extrêmement contagieuse. Elle cause chez les patients-es qui en sont atteints-es des symptômes semblables : toux, fièvre et difficultés respiratoires. Par ailleurs, de par son mode de transmission similaire, le COVID-19 est susceptible de toucher les mêmes groupes vulnérables que la tuberculose. Ainsi, la lutte contre la tuberculose fournit des leçons utiles pour répondre à la pandémie en cours de COVID-19. En réalité, les deux ripostes sont complémentaires et nécessitent toutes deux de combattre la stigmatisation et l’exclusion. Afin de mettre en lumière ces synergies et d’appuyer les Etats dans leur réponse au COVID-19, l’OMS a élaboré une note d’information, disponible en anglais sur son site.

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