BURUNDI – l’ANSS dénonce la loi régissant la presse

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Interview de Jeanne Gapiya – Présidente de l’ANSS :

1. Conséquences pour la lutte contre le VIH/sida au Burundi

2. Appel à manifester pour la liberté de la presse et la liberté d’expression au Burundi

Réaction de l’ANSS au projet de loi :

Bujumbura, le 08/04/2013 – Nombre d’entre vous vont être surpris par le fait que nous nous exprimons sur la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. La raison est simple : « la liberté de la presse et la liberté d’expression nous concernent tous. »

Cette loi qui vient d’être adoptée par la chambre basse du Parlement n’aurait qu’un seul but : celui de museler la population au travers des journalistes. L’accepter serait accepter de faire un recul jusqu’au temps où notre pays n’était ni indépendant, ni démocratique. Les meilleurs d’entre nous se sont battus pour notre indépendance et notre démocratie et certains en ont payé de leurs vies. Nous nous devons de préserver ce précieux héritage.

Outre les conséquences liées au respect des droits fondamentaux, dont l’état est garant pour tous les burundais, il faut aussi souligner la dégradation de l’environnement qui va indubitablement nous mener vers la cessation des financements adressés à notre pays. Dans le domaine de la lutte contre le VIH cela signifie tout simplement la fermeture pure et simple.

Qui va pouvoir prendre en charge les milliers de veuves et d’orphelins vivants avec le VIH ? Qui va pouvoir assurer des soins de qualité aux milliers de personne vivant avec le VIH lorsque nos principaux donateurs auront décidé d’arrêter leur financement parce que notre pays ne respecte pas la liberté de la presse ? Pour ces milliers de burundais cela signifiera une condamnation à mort.

La confidentialité qui accompagne les sources d’un  journaliste est à la base de toute investigation sérieuse et poussée. Si les sources ne sont plus protégées, elles ne seront plus en mesure de fournir les preuves d’allégations de tortures, corruptions et autres malversations. C’est comme si on demandait à une structure de prise en charge du VIH/sida de révéler les noms des personnes qui la fréquentent et de révéler aussi leurs statut sérologique. Il n’y a pas de doute que dès le lendemain ces centres seraient vides.

Le diplôme de licence qu’on veut exiger aux journalistes pour pouvoir exercer leur métier serait une bonne chose s’il prenait aussi en compte l’expérience et le professionnalisme. Nous disposons d’excellents éléments qui n’ont pas de diplôme de licence alors que compte tenu de l’enseignement dans notre pays, certains licenciés sont incapables de prononcer une seule phrase en français. Il est donc plus judicieux de privilégier l’expérience et d’encourager la poursuite d’études universitaires  dans tous les domaines et surtout pour que nos dirigeants soient aussi détenteurs de ces diplômes.

Nous faisons donc appel aux sénateurs qui ont encore la possibilité d’arrêter l’adoption de cette loi. Les députés ont peut-être manqué d’éclaircissements sur la question mais les sénateurs ont devant eux une situation claire et limpide et la seule voie est la non adoption de cette loi liberticide.

Nous faisons appel au Président de la République, à qui incombe la responsabilité ultime de ce qui se passe dans notre pays, à prendre ses responsabilités par rapport à son peuple mais aussi par rapport à ses engagements face aux partenaires internationaux.

Enfin nous appelons le peuple burundais à se mobiliser contre cette loi liberticide qui nous fera retourner au temps de la censure et du monopole d’état sur les médias.

Photo : ©ANSS

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