Comment la guerre à la drogue nous a rendus-es malades

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La « guerre à la drogue » est aujourd’hui la politique communément menée au niveau international et par l’immense majorité des Etats de la planète. Cette guerre prend des formes variées : criminalisation des personnes consommatrices (jusqu’à la peine de mort dans 32 pays), réduction de l’offre en détruisant les productions et en luttant contre les trafics, chasse aux organisations de la société civile agissant en soutien des consommateurs, au motif notamment que celles-ci encouragent à la consommation en faisant la promotion des outils de réduction des risques.

Elle a eu et a encore des conséquences terribles sur nos communautés dans le monde
entier : précarisation, stigmatisation, exclusion sociale, contaminations (152 000 personnes consommatrices de drogues contaminées par le VIH en 20153), morts (60 000 personnes consommatrices mortes du sida en 2015, et 220 000 de l’hépatite C), produits de coupes dangereux, overdoses, homicides. Le bilan est lourd et ne peut que nous mettre en colère car toute cette souffrance est évitable.

Pourtant, les tentatives d’analyse critique et scientifique de cette guerre sont régulièrement dénoncées comme faisant la promotion des drogues. Le débat est la plupart du temps compromis. Comme l’explique le philosophe Jacques Derrida : « Il faut déjà en conclure que le concept de drogue est un concept non scientifique, institué à partir d’évaluations morales ou politiques : il porte en lui-même la norme ou l’interdit. Il ne comporte aucune possibilité de description ou de constat, c’est un mot d’ordre. Le plus souvent le mot d’ordre est de nature prohibitive ».

L’objectif de ce guide est d’abord d’inviter au débat, en compilant des faits scientifiques, études, analyses historiques permettant de replacer cette guerre à la drogue dans son contexte.

Si nous avons créé ce guide, c’est aussi parce que les organisations membres et partenaires de Coalition PLUS, comme toutes celles qui œuvrent sur le terrain, ont de quoi être fières. En faisant parfois des entorses aux lois (désobéissance civile), elles font primer le respect de la vie et le droit à la santé des personnes, quels que soient leurs modes de vie, leurs consommations, leurs parcours et leurs identités.

Nos associations communautaires accompagnent les personnes consommatrices de produits psychoactifs dans l’accès aux soins et aux méthodes de prévention, elles distribuent des seringues propres et font la promotion de l’ensemble des outils de réduction des risques, elles informent les personnes sur leurs droits et les moyens de ne pas laisser les violations de ceux-ci impunies. Certaines depuis très longtemps comme AIDES en France, GAT au Portugal, ARAS en Roumanie, PILS en République de Maurice. D’autres plus récemment comme REVS PLUS au Burkina-Faso, l’ALCS au Maroc, ARCAD-SIDA au Mali, etc., et avec une énergie sans relâche.

Parmi ces personnes consommatrices, certaines sont devenues militantes dans nos organisations, et y portent la parole et l’expertise des personnes concernées. Elles prennent leur vie en main et se battent pour faire respecter leurs droits, nos droits.

Nous sommes aujourd’hui à un point de bascule. Des Etats précurseurs sortent enfin des politiques répressives et décriminalisent les usages de drogues. D’autres s’engagent même dans la voie d’une légalisation régulée au service de la Santé publique. En 2019 est attendu le bilan de cette guerre catastrophique qui dure depuis trop longtemps. Nous souhaitons apporter notre regard sur ce bilan, et sur les bonnes politiques qui pourraient être menées à la place, sans attendre.

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