ICASA 2019 : discours de Jeanne Gapiya

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Jeanne Gapiya donne son discours lors de la plénière de clôture de la conférence ICASA 2019 à Kigali (Rwanda), le 7 décembre 2019. Crédit : Coalition PLUS
Jeanne Gapiya donne son discours lors de la plénière de clôture de la conférence ICASA 2019 à Kigali (Rwanda), le 7 décembre 2019. Crédit : Coalition PLUS

Kigali, le 7 décembre 2019

Son Excellence Madame Jeannette KAGAME, Première Dame du Rwanda ;

Son Excellence, Dr Diane GASHUMBA, Ministre de la Santé du Rwanda et Vice-Présidente de ICASA 2019 ;

Professeur John Idoko, Président de la SAA/ Président de ICASA 2019 ;

Distingués invités, Mesdames et Messieurs ;

Chers Partenaires dans la Lutte et acteurs communautaires,

Chers délégués,

Je m’appelle Jeanne GAPIYA NIYONZIMA, je suis burundaise, je vis avec le VIH depuis 33 ans. Je suis présidente de l’ANSS (Burundi) administratrice de Coalition PLUS et de Sidaction.

Au moment où nous clôturons ICASA 2019, je suis très heureuse de pouvoir porter la parole des communautés.  Je remercie sincèrement les organisateurs pour l’honneur qui m’est accordé.

Quand je parle de communautés, j’entends les personnes infectées et affectée par le VIH/sida, les travailleurs-euses du sexe, les usager.e.s de drogues notamment par voie injectable, les jeunes, les femmes, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, les personnes transgenres, ainsi que les personnes incarcérées, qui sont à risques de transmission. Je voudrais donc avec votre permission Excellence leurs demander de me rejoindre ici pour soutenir mes propos.

Laissez-moi d’abord à remercier et féliciter Son Excellence Monsieur Paul KAGAME, Président de la République du Rwanda, pour avoir accueilli cette conférence.  Je le remercie surtout pour son leadership exemplaire.  Pendant son mandat de Président de l’Union Africaine, il n’a cessé de sensibiliser ses pairs africains sur la nécessité d’investir 15% de leur budget dans la santé de leurs citoyens.   

Permettez-moi ensuite de remercier Madame la Première Dame pour son engagement constant dans la lutte contre l’épidémie au Rwanda, en Afrique et dans le monde.  (Si elle est  présente : MWARAKOZE KANDI MUKORA MWIKORERA !)

Je voudrais enfin remercier Madame la Ministre de la Santé pour les résultats exemplaires que le Rwanda a montré et continue de montrer au monde en matière de lutte contre le sida.   Ces résultats sont la preuve que, avec une volonté politique au plus haut niveau, nos pays peuvent accélérer la riposte au VIH. 

Avec l’engagement, nous pouvons faire en sorte que le thème de cette conférence “AFRIQUE SANS SIDA – Innovation, communauté et leadership politique ” devienne une réalité.  Aujourd’hui, nous pouvons innover parce que nous avons les outils techniques qu’il nous faut.  Nous devons donc faire en sorte que ces outils soient accessibles à toutes et tous.  Nous pouvons par exemple réaliser la démédicalisation du dépistage et du suivi des traitements dans tous nos pays.  Ce faisant, nous pourrons atténuer le manque de ressources humaines  dans la       santé (notamment des médecins) et assurer un suivi adéquat aux personnes qui en ont besoin.  La recherche scientifique a démontré que la PReP est efficace dans la réduction de l’incidence chez les populations les plus exposées.  Alors il ne tient qu’à nous de la rendre disponible dans tous nos pays !

Excellence Madame la Première Dame, Distingués invités, Mesdames, Messieurs,

L’histoire de la lutte contre le sida a montré que le leadership politique est crucial : hier, aujourd’hui et demain. Il est crucial pour que la riposte au VIH/sida soit une priorité de nos gouvernements ; il est crucial pour que les innovations soient mises à disposition et nous permettent de passer à l’échelle. En effet, la responsabilité de la santé des populations revient en premier lieu à leurs dirigeants.  Mais la même histoire a aussi montre l’importance des partenariats : partenariats entre les gouvernements, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé, les communautés, les organisations de la société civile, les organisations à base religieuse, pour ne citer que ceux-là.  C’est une responsabilité partagée et un devoir de solidarité.  Mais c’est aussi une stratégie gagnante parce que nul ne peut y arriver tout seul.

Ces communautés, on en parle souvent dans les instances internationales de santé : OMS, ONUSIDA, Fonds Mondial, PEPFAR, etc.   C’est bien d’en parler, c’est mieux de les intégrer dans l’élaboration des politiques et des programmes, c’est bien mieux de le prendre pour ce qu’elles sont : des acteurs de première ligne, des agents de changement. 

Nos communautés sont encore trop souvent stigmatisées et même criminalisées dans nombre de pays, du fait de leur orientation sexuelle, de leurs pratiques, de leur mode de vie, de leurs conditions de vie. Elles cumulent de ce fait plusieurs vulnérabilités.  Etant les plus concernés par cette épidémie, nous sommes mieux placés pour connaître nos besoins, réfléchir et mettre en œuvre les stratégies de prévention, de traitement et de suivi, les plus adaptées à nos besoins. Nous savons mieux que quiconque comment atteindre les personnes éloignées des services de santé.  Nous savons où trouver les personnes à haut risque de transmission mais qui sont marginalisés et qui, de ce fait, voient leur droit à la santé déniés.  Nous ne demandons qu’une chose, c’est d’apporter notre contribution à la riposte mondiale.

Notre voix doit être entendue.  J’en prends pour preuve le fait que dans certains pays africains, le système de santé communautaire assure la prise en charge des personnes vivant avec le VIH, à hauteur de 50 % de la file active nationale. 

Excellence Madame la Première Dame, Distingues invites, Mesdames, Messieurs,

Nous ne recherchons pas la concurrence mais la complémentarité.  Si nous voulons mettre fin à l’épidémie de VIH, nous devons travailler en collaboration et en bonne intelligence pour que l’impact sur l’incidence du VIH soit réel. Dans son message à l’occasion de la Journée Mondiale contre le sida, la Directrice de l’ONUSIDA, Mme Winnie BYANYIMA a reconnu que les « Communautés font la différence ».

Nous ne pouvons que nous inquiéter du fait que trop de personnes ne connaissent pas leur statut sérologique – et sont souvent diagnostiquées très tard ; trop de personnes séropositives n’ont pas accès au TARV ; trop de personnes sous traitement ne sont pas en charge virale indétectable.

Pourtant, nous savons que les personnes dont la charge virale est indétectable ne transmettent pas le virus.

Les personnes meurent encore beaucoup trop du VIH. A l’ère des traitements antirétroviraux, cela est révoltant et inacceptable.  C’est le sens de la campagne que nous avons menée à Coalition PLUS lors de cette conférence.

Il est révoltant de constater que les personnes vivant avec le VIH sont encore traitées comme des patients de seconde zone. Révoltant de constater le manque de médicaments pour le traitement de nombreuses infections opportunistes, voire d’ARV 

Révoltant de devoir inlassablement compter des morts que nous sommes collectivement supposés éviter. Révoltant le silence assourdissant de nos gouvernements autour de la mortalité liée au sida.  La mortalité liée au sida doit maintenant être prise au sérieux et intégrée à la riposte.

Aux acteurs et actrices communautaires, activistes et PVVIH, je voudrais dire ceci : si nous ne voulons pas perdre les avancées de ces dernières années, nous devons continuons ensemble la bataille, nous devons rester plus que jamais vigilants parce que le sida fait encore des ravages. Utilisons toute notre énergie et toute notre créativité pour briser la trajectoire de la mortalité liée au sida.  Nous disons non à une réponse insuffisante.

Excellence Madame la Première Dame, Distingués invités, Mesdames, Messieurs,

En terminant, je voudrais rendre un hommage vibrant au Rwanda pour une conférence réussie et une organisation impeccable.  Je voudrais aussi remercier les Rwandais pour leur hospitalité toute africaine. 

MURAKOZE              THANK YOU              MERCI                        ASANTE

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