« Je ne laisserai pas le sida définir qui je suis »

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C’est un portrait un peu particulier que propose aujourd’hui Coalition PLUS. Toujours dans la continuité de la Journée internationale des droits des femmes et de la mise à l’honneur, au-delà du 8 mars, des femmes qui combattent le VIH/sida, nous vous proposons le récit d’une anonyme, journaliste bolivienne et mère de trois enfants qui, par crainte des répercussions, a choisi de ne pas dévoiler sa séropositivité.

Comment êtes-vous arrivée dans la lutte contre le sida ?

Je suis journaliste depuis dix-sept ans et habite en Bolivie. Je vis avec le VIH depuis quinze ans. Lorsque j’ai pris connaissance de ma séropositivité, j’ai décidé que j’avais deux options. Soit me désintéresser du virus par peur, en raison du peu d’information et du stigma lié à cette maladie qui existait et existe toujours en Bolivie, ou alors de m’informer, savoir ce qui allait m’attendre et ce que je pouvais entreprendre pour vivre mieux. Je suis passée par des moments très difficiles, et aujourd’hui j’en vis encore, mais c’est ma réalité et je dois la vivre. Ma famille ne connaît pas mon état de santé.

Aujourd’hui, je travaille comme volontaire à l’Institut de Développement Humain (IDH), au programme communication et je tente d’aider la structure avec ma vision de journaliste et de personne vivant avec le VIH. Malheureusement, le VIH est un virus qui véhicule beaucoup de stigma et il n’est pas traité avec l’importance qu’il mérite.

Même si je continue de m’informer et de transmettre mes connaissances au sujet du VIH/sida, je ne la laisserai pas définir qui je suis. C’est une des raisons de mon combat : on peut vivre, et on peut vivre bien, avec le VIH. Cela ne dépend en revanche pas seulement de la personne affectée.

Quel avenir voyez-vous à ce combat ?

Il y a certes beaucoup d’avancées scientifiques. Mais il faut également informer les personnes vivant avec le VIH, et la population en général, sur le mal qu’engendre ce stigma, et convaincre les gouvernements de la nécessité d’investir dans des campagnes de prévention et d’information.

Le Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme par exemple joue un rôle fondamental pour les personnes qui vivent avec le VIH. En Bolivie, nous accédons grâce à cette institution, aux traitements et à beaucoup de services dans lesquels le gouvernement n’a pas investi.

Quelle est la place des femmes dans lutte contre le sida aujourd’hui ?

Les femmes sont davantage vulnérables en raison de nombreux facteurs. Elles peuvent par exemple transmettre le virus à leurs bébés faute d’accès au dépistage et aux traitements, et ne peuvent généralement pas décider de leur sexualité. Le besoin de reconnaissance de la société civile est primordial. Il faut impérativement appuyer les femmes dans leurs droits et lorsqu’elles sont en difficulté, grâce notamment au travail de la société civile.

 

L’épidémie en chiffres en Bolivie

  • 18 000 personnes sont porteuses du VIH en Bolivie
  • 17 000 concernent les personnes de plus de 15 ans
  • Parmi ces 17 000 personnes, 5 300 sont des femmes

Dans le monde

  • En 2014, 36.4 millions de personnes étaient atteintes du VIH et 2 millions nouvellement infectées
  • Le sida reste la première cause de mortalité chez les femmes de 15 à 44 ans
  • Au total, 7 000 filles de 10 à 24 ans sont infectées chaque semaine par le VIH

Source : ONUSIDA et Fonds Mondial

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