Journée mondiale contre les hépatites : Survivre grâce à des circuits alternatifs d’accès aux traitements

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Les activistes de Coalition PLUS et leurs partenaires demandent l'accès aux génériques pour le traitement de l'hépatite C. Crédit photo : Coalition PLUS

Pour la 7ème journée mondiale contre les hépatites, Coalition PLUS met en lumière les initiatives mises en place par les malades eux-mêmes pour contrer les lacunes des États : les Buyers Club et les préparations magistrales, véritables circuits parallèles d’accès aux traitements.

Alors que l’élimination de l’hépatite C est aujourd’hui possible grâce aux antiviraux d’action directe (AAD), les prix exorbitants imposés par l’industrie pharmaceutique – 84 000$ pour une cure de 3 mois aux États-Unis– constituent un vrai frein au traitement à grande échelle des personnes infectées. D’un autre côté, les longueurs des négociations de prix entre les laboratoires et les gouvernements laissent peu d’espoirs aux populations concernées. C’est dans ce contexte que les associations communautaires et les réseaux de patients dans le monde entier ont développé des solutions alternatives et à contre-courant du circuit officiel : les Buyers Club et les préparations magistrales.

Les Buyers Club, alternatives pour réduire le prix des traitements de l’hépatite C

Les Buyers Club, ou clubs d’achat, regroupent des malades qui mettent en commun leurs ressources pour aller acheter à l’étranger des médicaments en quantité et bon marché, afin de se les redistribuer à prix cassés. Certains Buyers Clubs regroupent des milliers de malades, et ont permis de réduire les prix du traitement VHC à moins de 1.500$ pour 12 semaines.

Luis Mendão, directeur du Groupe Activiste sur les Traitements (GAT) à Lisbonne, et administrateur de Coalition PLUS, précise : « Les prix proposés par Gilead pour les médicaments hépatite C sont inabordables, même pour le Portugal, qui est pourtant un pays développé. Cette situation ne peut plus durer – pendant qu’on attend que Gilead baisse les prix, les malades meurent. Si les États ne règlent pas ce problème, nous n’aurons pas d’autre choix que de ressusciter le Dallas Buyers’ Club dont parle Hollywood, et de l’appliquer aux médicaments hépatite, partout dans le monde« .

En Colombie, la fabrication de préparations magistrales pour faire face à l’urgence

Les préparations magistrales sont des médicaments fabriqués non pas à grande échelle en usine, mais à petite échelle par un pharmacien individuel, pour un patient précis pour lequel il n’existe pas d’option sous forme de médicament d’usine. Dans ce cas le pharmacien fabrique lui-même le médicament dans le laboratoire de sa pharmacie. Mais cela implique qu’il puisse se procurer le principe actif du médicament, ce qui dans certains pays est parfois rendu impossible par les monopoles de brevet que détiennent les multinationales (comme c’est le cas dans de nombreux pays pour le sofosbuvir de Gilead).

Pour le Dr Francisco Rossi, directeur de la Fondation Ifarma : « En Colombie, en raison des prix prohibitifs exigés par les laboratoires pour les médicaments hépatite C, les patients sont obligés de traîner les compagnies d’assurance et l’État en justice pour se procurer les médicaments. Face à l’urgence dans laquelle se trouvent les malades, nous travaillons avec des pharmaciens et des universités pour fabriquer des versions magistrales de ces médicaments hépatite C. Cela permet de baisser le prix de la cure de $70,000 dollars en version industrielle à $300 en version magistrale colombienne. Mais ce système ne permet pas de toucher tous les malades – nous sommes obligés de passer par une approche individuelle alors qu’il s’agit d’un problème collectif de santé publique« .

Des voies alternatives insuffisantes, qui doivent être remplacées par des solutions universelles et pérennes

En rendant inaccessible le traitement contre l’hépatite C, les États et les laboratoires se
rendent coupables de la mort de centaines de milliers de malades par l’hépatite C. Les voies de contournement des monopoles créées sur le terrain par les activistes doivent être remplacées par des solutions universelles et pérennes de la part des Etats, afin d’en finir avec l’hécatombe. Coalition PLUS demande expressément aux États d’autoriser immédiatement l’accès aux génériques malgré les brevets de Gilead, en appliquant les dispositions de l’Organisation mondiale du commerce pour l’accès aux médicaments génériques.

(Re)lire la lettre ouverte de Coalition PLUS, AIDES et ITPC au PDG de Gilead

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