Moyen-Orient / Afrique du Nord : la Plateforme MENA de Coalition PLUS étend ses interventions au Liban

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Mehdi Karkouri, Président de l'ALCS (Maroc) est interviewé à l'occasion de l'atelier régional de la Plateforme MENA en avril 2019.

En avril 2019, la Plateforme MENA de Coalition PLUS a accueilli 3 nouveaux membres : l’Association tunisienne de prévention positive, l’association AnisS de lutte contre les IST et le VIH/SIDA (Algérie) et le Marsa Sexual Health Center, premier membre libanais de la Plateforme. A travers ce dernier partenariat, la Plateforme étend ainsi ses interventions au Liban, où malgré les avancées en matière de droits, les tabous persistent et rendent difficile l’accès à la prévention et à la prise en charge du VIH.

Au Liban, une épidémie de VIH concentrée et cachée

Comme dans d’autres pays de la région MENA (Afrique du Nord / Moyen-Orient), l’épidémie de VIH au Liban touche en premier lieu les populations les plus vulnérables. Alors que moins d’une personne sur mille vit avec le VIH dans la population générale, on estime que ce taux explose à une sur huit, voire une sur quatre, chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Par ailleurs, on estime que près de 40% des personnes vivant avec le VIH n’ont toujours pas accès aux traitements antirétroviraux. Des chiffres qui reflètent le stigma toujours vivace autour de l’infection, mais aussi la marginalisation des populations les plus touchées.

En effet, si le Liban est considéré comme l’un des pays les plus libéraux du monde arabe, la sexualité reste un sujet tabou dans la plupart des milieux. Bien que des efforts soient faits pour ouvrir la voie à une décriminalisation, l’homosexualité tombe toujours sous le coup de l’article 534 du code pénal, qui punit jusqu’à un an d’emprisonnement les relations « contre-nature ». De quoi dissuader les personnes de se confier sur leur vie sexuelle, même auprès de professionnels-les de santé. Les normes socioculturelles représentent également un frein au dépistage et à l’accès à la santé sexuelle pour les femmes. Les pratiques sexuelles hors mariage étant proscrites, peu de femmes se font dépister. Résultat, l’infection à VIH demeure largement sous-estimée dans la population féminine.

« Nous avons constaté que les femmes célibataires sexuellement actives ne vont pas chez le gynécologue », explique Ayman Assi, Président et co-fondateur du Marsa Sexual Health Center. « Elles savent d’avance qu’elles seront jugées par le médecin, mais aussi par la secrétaire et les autres femmes dans la salle d’attente… »

Le Marsa Sexual Health Center, un centre ouvert à tous-tes pour combattre le VIH et les IST

Afin de répondre à ces enjeux, le Marsa Sexual Health Center offre un accompagnement en santé sexuelle complet, sans jugement ni discrimination, au cœur de Beyrouth. Depuis sa création en 2011, Marsa est devenue l’organisation libanaise qui réalise le plus de consultations et de dépistages au sein de son centre de santé sexuelle. Aujourd’hui, 200 personnes se rendent tous les mois au centre pour se faire dépister et Marsa accompagne près de la moitié des personnes vivant avec le VIH au Liban.

« Dès le début, nous avons voulu créer un environnement favorable au dialogue entre les personnes qui viennent nous voir et les médecins. Tout le monde dans notre équipe a été sensibilisé et formé pour que les patients-es se sentent suffisamment à l’aise pour évoquer le sujet de leur santé sexuelle », souligne Ayman Assi. « Afin d’établir des relations de confiance, nous faisons très attention à éliminer toute forme de jugement et à garantir l’anonymat des personnes ».

Pluridisciplinaire et travaillant dans une démarche communautaire, l’équipe de Marsa inclut aussi bien des professionnels-les de santé que des accompagnateurs-rices en santé sexuelle et des volontaires. L’association a un large répertoire d’actions, qui vont du dépistage communautaire gratuit et anonyme des IST aux consultations médicales, en passant par l’accompagnement psychosocial et la sensibilisation auprès des jeunes.

Le Liban, nouveau pays d’intervention de la Plateforme MENA de Coalition PLUS

Depuis 2014, la Plateforme MENA de Coalition PLUS, pilotée par l’ALCS (Maroc) permet les échanges de compétences et de bonnes pratiques entre associations communautaires dans quatre pays d’Afrique du Nord : l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie. Aujourd’hui, la Plateforme étend ses activités au Liban. Ensemble, ces associations œuvrent à la promotion de solutions innovantes, au plus près des besoins des populations les plus vulnérables au VIH/sida, pour un impact décuplé sur l’épidémie.

« Malheureusement, les défis ne manquent pas dans la région MENA : les nouvelles infections ne cessent d’augmenter et 10 000 personnes meurent encore du sida chaque année », déplore le Dr. Lahoucine Ouarsas, coordonnateur de la Plateforme MENA de Coalition PLUS. « Mais c’est en mettant en commun nos expériences et expertises que nous serons plus forts face au sida. L’arrivée du Marsa Sexual Health Center au sein de notre Plateforme renforce encore cette dynamique. »

[citation Marsa à intégrer]

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