Sida – Campagne mondiale pour en finir avec l’apartheid médical

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Source :  AIDES & Coalition PLUS – 30 novembre 2015 | par Sophie Baillon

S’appuyant sur les nouvelles normes de l’Organisation mondiale de la santé, une campagne internationale (1) est aujourd’hui lancée pour demander l’accès immédiat et universel aux traitements contre le sida afin d’en finir avec l’apartheid médical, d’ici à juillet 2016, quand se tiendra en Afrique du Sud la Conférence internationale sur le sida.

En France, le réseau francophone Coalition PLUS et son adhérent français AIDES ont décidé de relayer activement cette campagne à l’occasion de la Journée mondiale contre le sida, mardi 1er décembre.

Des traitements pour tous les séropositifs

Depuis septembre, l’Organisation Mondiale de la Santé recommande (2) de proposer la trithérapie dès qu’une personne est dépistée séropositive. Jusqu’à présent, de nombreux pays attendaient que l’état de santé des personnes se dégrade avant de leur proposer un traitement.

En changeant ses recommandations médicales, l’OMS répond à l’appel (3) lancé en juillet dernier à Vancouver par la communauté scientifique, qui pointait que l’administration précoce d’antirétroviraux permet non seulement de garder les patients en vie et en bonne santé, mais réduit également le risque de transmission du virus à de nouvelles personnes.

Or, actuellement, à peine 43% des personnes vivant avec le VIH (4) dans le monde bénéficient d’un traitement. Dans certaines régions, la couverture est encore plus faible. A peine 36% des séropositifs sont sous trithérapie en Asie Pacifique et 14 % en Afrique du Nord et Proche Orient.

En outre, seulement 1 personne sur 10 vivant avec le VIH réside dans un pays où les traitements son accessibles dès le diagnostic. Des inégalités d’accès aux soins qui, au vu des connaissances scientifiques actuelles, ne sont plus acceptables.

« Les militants du monde entier ont décidé de porter un message clair à nos gouvernements : fini les excuses, le temps est compté, il est désormais urgent de mettre sous traitement chaque personne séropositive. Nos vies en dépendent », alerte Nicolas Ritter, Directeur de PILS à Maurice, administrateur de Coalition PLUS et membre du Réseau mondial des personnes vivant avec le VIH/sida.

« La réalité dans le monde, c’est que la plupart des patients diagnostiqués séropositifs sont détournés de la prise en charge médicale. On leur dit de revenir quand ils sont vraiment malades, explique Aurélien Beaucamp, président de AIDES et administrateur de Coalition PLUS. Mais dans de nombreux pays riches, peu importe l’avancée du virus dans le corps, toutes les personnes vivant avec le VIH ont accès aux médicaments. C’est donc une nouvelle forme d’apartheid médical que l’on vit à l’échelle mondiale. »

La PrEP pour tous les séronégatifs très exposés au virus

L’OMS recommande également que toute personne exposée à un risque élevé d’infection par le VIH bénéficie d’un traitement antirétroviral préventif appelé « prophylaxie pré-exposition » (PrEP). Après avoir obtenu de nouvelles données sur l’efficacité et l’acceptabilité de la PrEP, l’OMS ne limite plus son usage aux seuls hommes ayant des rapports homosexuels à risque. La PrEP doit désormais être considérée comme une option supplémentaire de prévention, accessible à tous ceux qui en ont besoin, tels les adolescents sexuellement actifs dans des pays où l’incidence de l’infection est élevée dans cette tranche d’âge ou les conjoints séronégatifs de personnes vivant avec le VIH.

Après les Etats-Unis, la France vient d’autoriser l’usage de la PrEP, comme le demandait AIDES depuis des années. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, l’a annoncé à l’Assemblée nationale le 23 novembre. C’est une avancée à saluer qui doit en encourager d‘autres.

« La PrEP n’est pas un luxe, signale le Dr Aliou Sylla, président de ARCAD-SIDA au Mali et administrateur de Coalition PLUS. Au même titre que les traitements pour les séropositifs, la PrEP doit être accessible à toute personne séronégative fortement exposée au virus. C’est une méthode de plus, à développer partout dans le monde qui doit aider à éradiquer l’épidémie. »

Tous les Etats doivent agir, la France aussi

Donner accès aux traitements à tous et tout de suite, c’est bloquer la propagation du virus et, à terme, mettre fin à l’épidémie. Un objectif atteignable d’ici à 2030, mais à condition que les financements actuels soient renforcés. Selon l’ONU (4), la riposte contre le sida exige 8 milliards de dollars supplémentaires par an jusqu’en 2020, puis 3 milliards de dollars annuels de 2020 à 2030. Soit moins de 0,01% du PIB mondial – une goutte d’eau.

Si la France veut gagner la bataille finale contre le virus, après en avoir été à l’avant-garde depuis la découverte du virus par l’Institut Pasteur en 1984, elle doit intensifier son action. Le président de la République française, François Hollande, l’a promis ; il doit désormais agir.

« La France veut la fin du sida, et elle à s’en donnera tous les moyens […]. A l’échelle mondiale, ce sont les plus pauvres qui sont les plus vulnérables. C’est une injustice qui s’ajoute à d’autres, et elle est intolérable. C’est donc une des priorités que j’assigne à la politique de la France : contribuer à un accès universel aux traitements. »

François Hollande – 26 novembre 2012, aux Etats Généraux d’Elus Locaux Contre le Sida (5)

Or, la France dispose d’une marge de manœuvre financière. Sa part dans les ressources mondiales disponibles contre le sida est de 1,6%, alors que sa part dans le PIB mondial est de 3,7%.

Aussi, AIDES et Coalition PLUS demandent à la France de porter sa participation financière à la hauteur de son poids économique, en la faisant passer de 1,6 du total à 3,7%, d’ici à 2020. C’est largement réalisable dans le cadre du budget consacré à l’aide publique au développement qui doit augmenter de 4 milliards (6) d’euros d’ici à 2020.

« Si la France et le reste des pays riches n’augmentent pas leurs financements, le virus regagnera du terrain, rappelle le Dr Hakima Himmich, présidente de l’ALCS au Maroc et de Coalition PLUS. Le nombre de nouvelles infections repartira à la hausse et l’économie mondiale devra investir encore plus dans les traitements. Agir n’est pas une option, c’est une nécessité pour tous. »

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(1) Campagne coordonnée par l’ONG américaine Health Gap, « Treatment on Demand for All: An urgent call to act on new HIV science and bridge the gap in treatment access » :

http://www.healthgap.org/

(2) Communiqué de presse de l’OMS, septembre 2015, « Traiter toutes les personnes vivant avec le VIH » :

http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2015/hiv-treat-all-recommendation/fr/

(3) L ‘appel de Vancouver, juillet 2016 :

The Vancouver Consensus

(4) Données d’ONUSIDA, Fact sheet 2015 :

http://www.unaids.org/sites/default/files/media_asset/20150901_FactSheet_2015_en.pdf

(5) Déclaration de François Hollande aux Etats Généraux d’Elus Locaux Contre le Sida, novembre 2012 :

http://www.elysee.fr/declarations/article/message-du-president-de-la-republique-a-l-occasion-des-xvii-emes-etats-generaux-d-elus-locaux-contre-le-sida/

(6) Le président François Hollande a annoncé une hausse de l’aide publique au développement de 4 milliards d’ici à 2020 le 28 septembre 2015 à l’Assemblée générale des Nations Unies :

http://www.elysee.fr/declarations/article/intervention-devant-l-assemblee-generale-de-l-organisation-des-nations-unies/

Illustration : © ONUSIDA


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