Sida au Mali : des milliers de malades risquent d’être en rupture de soins

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Djerma Oumou Diarra, Présidente du RMAP+, à la tribune lors des célébrations du 1er décembre 2018 à Bamako (Mali).

Urgence au Mali. Les structures communautaires de lutte contre le sida sont menacées. Des licenciements sont imminents en raison d’une baisse des financements internationaux. Le Réseau Malien des Associations Maliennes de Personnes Vivant avec le VIH (RMAP+) a interpellé le gouvernement à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre dernier, pour l’exhorter à tenir ses engagements en prenant le relais. Sans transition effective et responsable, ces suppressions de postes exposeront des milliers de personnes séropositives à une grave rupture de soins. ARCAD-SIDA, membre de Coalition PLUS au Mali, ne sera pas épargné. Aujourd’hui, Coalition PLUS s’associe à RMAP+ et ARCAD-SIDA pour dénoncer cette situation inacceptable et demander aux Etats un engagement à la hauteur des enjeux.

 

Baisse des financements internationaux consacrés à la lutte contre le sida au Mali

A partir de décembre 2018 jusqu’en décembre 2020, le Fonds mondial a prévu de supprimer progressivement ses financements consacrés aux ressources humaines des sites de soins, d’accompagnement et de conseil. Au total, 166 professionnels-les de santé et conseillers-ères psychosociaux-ales exerçant au sein des organismes communautaires risquent un licenciement. Or, ces sites prennent actuellement en charge plus de la moitié de la file active du Mali. Si l’Etat malien ne prend pas le relais, 24 000 personnes vivant avec le VIH n’auront bientôt plus ni suivi médical, ni accompagnement psychosocial.

Au regard des objectifs fixés par la communauté internationale, l’Afrique de l’Ouest et centrale accuse un retard alarmant dans la riposte à l’épidémie : le Mali ne fait pas exception”, déplore Bintou Dembélé, Directrice d’ARCAD-SIDA et administratrice de Coalition PLUS. “Ici, les besoins sont énormes : selon les derniers chiffres de l’ONUSIDA, seule 1 personne vivant avec le VIH sur 3 bénéficie d’un traitement et moins d’1 sur 6 est en charge virale indétectable. Notre gouvernement, tout comme le Fonds mondial, a la responsabilité d’assurer une transition responsable et efficace”.

 

Sida au Mali : une situation alarmante

Les conseillers psychosociaux, acteurs et actrices historiques de la lutte contre le sida au Mali, sont particulièrement menacés par ces coupes budgétaires. Pourtant, leur travail est précieux au sein des structures de prise en charge. En effet, dans le pays, les discriminations et la stigmatisation constituent encore pour beaucoup un frein à l’accès au dépistage et au traitement. Dans ce contexte, la prise en charge psychosociale n’est pas un luxe, mais une nécessité vitale pour les malades. Elle leur permet en effet de mieux suivre leur traitement et de se faire dépister pour les maladies opportunistes, mais aussi de reprendre une activité professionnelle.

Au-delà des barrières socio-culturelles, les ressources matérielles et financières manquent cruellement pour garantir aux malades un accompagnement de qualité tout au long du parcours de soins. “Soigner sans assurer le suivi biologique, c’est condamner les malades”, s’indigne la Présidente du RMAP+, Mme Djerma Oumou Diarra. ”La quantification de la charge virale, examen de routine, est devenue un examen événementiel, un luxe pour les patients suivis, surtout ceux des régions les plus reculées du pays. La situation est alarmante”.

 

Les Etats doivent s’engager à hauteur des besoins pour mettre fin au sida

Aujourd’hui, les associations sont au pied du mur, sans solution de repli, alors même que les objectifs fixés par la communauté internationale pour mettre fin au sida sont encore loin d’être atteints au Mali. Cette situation explosive n’est pas sans précédents. Suite au retrait des financements internationaux et sans volonté politique de la part des Etats concernés pour soutenir les efforts des associations, d’autres pays, comme la Roumanie, ont ainsi connu une recrudescence des nouvelles infections à VIH.

L’heure n’est pas au désengagement : au Mali, comme ailleurs en Afrique de l’Ouest et centrale, toute baisse des ressources dédiées à la lutte contre le sida peut se solder par un retour en force de l’épidémie”, analyse Hakima Himmich, Présidente de Coalition PLUS. “Les Etats concernés, mais aussi les dirigeants des pays riches, doivent dès maintenant prendre leurs responsabilités pour mettre fin à ce fléau. Au niveau national comme au niveau international, nous demandons des engagements financiers à la hauteur des besoins”.

 

Mobilisation des militants de la lutte contre le sida et pourparlers entre le Fonds mondial et le gouvernement malien

A l’occasion de la Journée internationale de lutte contre le sida, le 1er décembre dernier, le réseau des associations maliennes de personnes vivant avec le VIH (RMAP+) a donc interpellé le gouvernement malien pour trouver des solutions pérennes et garantir l’accompagnement des malades sur le long terme. Cette mobilisation des associations vient conclure un plaidoyer de plusieurs mois pour un infléchissement de la position du Fonds mondial.

De son côté, le Fonds mondial a entamé depuis le 1er décembre des discussions avec le ministère de la santé pour que les patients concernés par les fermetures de site en décembre 2018 trouvent guichet ouvert en janvier 2019.


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