Tag Réduction des risques/drogues

| Texte traduit et adapté librement de l’anglais : http://drogriporter.hu/en/node/2306 (Auteur : Péter Sarosi / Traduction anglaise : iGury) |
Bucarest, Gare du Nord, 23 heures. Nous sommes arrivés ici par le bus médicalisé de l’association ARAS, première organisation non-gouvernementale roumaine de lutte contre le VIH/sida, pour réaliser un reportage sur les consommateurs de drogues et les jeunes travailleuses du sexe exerçant dans les faubourgs de la capitale.
La plupart de ceux que nous allons rencontrer sur ce premier point d’action vivent dans les égouts, où ils ne sont pas gênés par la police et où la température est plus supportable en hiver. Alors que notre minibus – autrefois ambulance – s’immobilise, une nuée de personnes émergent de l’obscurité, certains rampant littéralement hors des trous où ils tentent de survivre. La police a bien cherché à les en dissuader, en scellant de béton leurs refuges souterrains, mais ces sans-abris ont creusé une nouvelle fois le sol, afin d’atteindre les entrailles de la terre, transpercées de canalisations d’eau chaude datant de l’ère communiste. On a peine à imaginer à quoi peut bien ressembler la vie là-dessous.

“Je sniffe de la colle, je n’ai rien d’autre”, dit le jeune homme, les yeux rougis et le regard flou, se ventilant régulièrement dans un sac en plastique. “Je vis dans ces rues depuis sept ans et je dois me battre chaque jour pour survivre.” ARAS est l’une des rares organisations roumaines s’efforçant d’aider ces parias des rues, mis au ban de la société. Beaucoup de leurs clients, souvent adolescents, sont tellement usés par la vie qu’ils ressemblent à des vieillards. Rejetés par leur famille, fuyant parfois des parents alcooliques, violents ou abusifs, ils consomment dès qu’ils le peuvent des drogues de synthèse aux contenus hautement toxiques, restant quelques fois éveillés durant des jours sans jamais s’alimenter ni trouver le sommeil. Et quand ils ne peuvent pas se le permettre, ils sniffent de la colle pour combattre le manque. Les produits de synthèse qu’ils s’injectent – bon marché, licites et donc vendus en plein jour sous forme d’engrais ou de poudres à lessive – ont commencé à inonder le marché roumain en 2009, exportés par la Chine et l’Inde. Provoquant des effets euphorisants proches de ceux procurés par la consommation de cocaïne, ils causent des crises de panique et de paranoïa chez celles et ceux qui en abusent.
Contrairement à l’héroïne, qui s’injecte en moyenne 3 ou 4 fois par jour en intraveineuse, ces stimulants doivent être utilisés jusqu’à 15 fois quotidiennement pour produire leurs effets. Le partage de seringues et d’aiguilles est par conséquent beaucoup plus fréquent. Pourtant, crise économique oblige, le soutien financier de l’Etat roumain à ce programme d’échange de seringues hypodermiques stériles a diminué et les consommateurs en reçoivent désormais beaucoup moins à chaque passage des intervenants d’ARAS. Les conséquences dramatiques de cette baisse des subventions ne se sont d’ailleurs pas faites attendre : alors que seules quelques infections par le VIH ont été enregistrées parmi les usagers de drogues avant 2009, ce nombre a augmenté à des milliers ces dernières années. Une épidémie est en marche et le nombre de clients d’ARAS s’adonnant au travail du sexe pour financer leur consommation allant grandissant, celle-ci ne se limitera évidemment pas aux seuls consommateurs de drogues.
“Ils vont tous vous demander de l’argent ou des cigarettes, mais ne leur donnez rien !” avertit Dan, le travailleur social dirigeant l’équipe de rue d’ARAS. “Si vous donnez quelque chose à l’un, les autres demanderont également, et si vous refusez, ils auront le sentiment que vous les discriminez.” Les clients se rassemblent autour de l’ambulance et regardent du coin de l’œil notre appareil photo avec méfiance, jusqu’à ce que Dan leur explique que nous ne les photographierons pas sans leur accord. La plupart d’entre eux ont seulement entre 15 et 30 ans, bien qu’il soit difficile à le croire, après quelques années passées dans la rue. Ainsi, cet homme sniffant dans un sac en plastique qui paraît avoir une trentaine d’années, alors qu’il n’en a que 17. Les travailleurs sociaux leur parlent et prennent leurs coordonnées. Beaucoup viennent seulement pour les seringues, mais les filles demandent également des préservatifs. L’un des clients nous montre sa main : elle a doublé de volume. Il doit avoir raté la veine en s’injectant de la drogue et la septicémie menace désormais.
“Vous ne vous sentez pas mal de distribuer des seringues à des adolescents ?” demande-t-on à Dan. “Bien sûr, je me sens mal. Mais pensez-vous vraiment qu’ils cesseront de s’injecter des drogues, si je ne leur en donne pas ?” rétorque-t-il. “Il est évident qu’ils continueront, mais en utilisant des aiguilles usagées et en s’infectant par le VIH où l’hépatite C, puis en infectant d’autres personnes.” Pendant que nous parlons, les clients attendent leur tour fébrilement. Leurs gestes trahissent l’impatience, l’anxiété et la faim. “Ils peuvent prendre jusqu’à 50 aiguilles et une douzaine de préservatifs par semaine”, explique Dan. “Nous imposons une quantité limite, car nous n’avons pas assez d’argent. Mais en temps normal, un gros usager de drogues utilise plus d’aiguilles et une travailleuse du sexe plus de préservatifs.”
Trois clients ont demandé à effectuer un test du VIH ce soir-là et des intervenants d’ARAS les prennent un-à-un en charge, à l’intérieur du bus, les portes fermées, pendant quinze minutes. Ce service leur sera fourni gratuitement, de façon confidentielle et dans le strict respect de leur anonymat. L’équipe passera plus de temps avec eux qu’avec les personnes venues chercher des seringues et des préservatifs, car ils leur donneront des conseils, répondront à leurs questions et prendront le temps de leur communiquer le résultat du test, qu’il soit positif ou négatif. La méthode de dépistage utilisée est un test salivaire, qui offre une fiabilité élevée dans le diagnostic de séropositivité. Plus tard, nous apprendrons que deux des trois tests effectués se sont révélés positifs.
On estime que la moitié des clients d’ARAS sont porteurs du VIH. Or, si ces personnes ne parviennent pas à accéder au réseau de santé, à recevoir les traitements nécessaires à temps ou à les prendre régulièrement, leurs jours sont comptés : leur système immunitaire deviendra très rapidement inopérant et ils mourront. La Roumanie compte par ailleurs le plus grand nombre de cas de tuberculose en Europe et il est prouvé que la co-infection de la tuberculose et du VIH crée un cocktail particulièrement complexe à traiter, voire incurable et mortel.

Nous continuons notre voyage à travers la nuit et atteignons notre seconde étape. Il est minuit. “Ce quartier est très dangereux, donc ne sortez pas du bus et n’utilisez votre appareil photo sous aucun prétexte”, explique Adrian, l’un des travailleurs sociaux de l’équipe d’ARAS. “Les proxénètes n’aiment pas que nous photographions les filles.” Nous ferons comme il dit. A peine le bus s’est-il arrêté, que les filles en question l’entourent. La plupart d’entre elles sont rom. Très jeunes, elle portent des vêtements aguicheurs sous d’épais manteaux, faute de quoi elles ne pourraient pas supporter le froid ambiant, à faire les cents pas sur le trottoir, durant des heures. Après s’être identifiées auprès des intervenants d’ARAS, elles essayent d’obtenir le plus grand nombre possible de préservatifs. Mais quelques minutes seulement se sont écoulées, lorsque l’une d’elles s’écrie: “Garda ! Garda !”. Au moment où la voiture de police atteint notre hauteur, les filles ont toutes disparu et la rue est vide.
“Dites-moi, comment diable sommes-nous censés effectuer correctement notre travail de prévention dans ces conditions ?”, nous demande l’un des travailleurs sociaux d’un ton amer. Il semblerait en effet que si la police travaille pour le même Etat que les intervenants d’ARAS, elle ne poursuit pas les mêmes objectifs qu’eux et les entrave même délibérément dans leurs actions. “Il y a trois types de police : la police municipale, la police du district et la gendarmerie nationale. Mais toutes trois se laissent corrompre par les filles et les proxénètes.”, nous explique-t-on. Et les policiers ne sont pas le seul problème. En effet, le bus médicalisé d’ARAS est financé par des fonds structurels de l’Union Européenne, mais le projet arrive à son terme en juin prochain et faute de trouver de nouvelles ressources financières avant cette date buttoir, le véhicule – dernier pont entre la société et des milliers d’exclus vivant dans la rue dans des conditions inhumaines – restera au garage. ARAS a certes obtenu de nombreuses promesses du gouvernement, qui affirme vouloir soutenir ce projet vital, mais pas d’argent. Pas encore…
Crédits photographiques : ©GáborTakácsIstván

Il y a vingt-quatre ans, le 20 décembre 1988, était ratifiée à Vienne la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite des stupéfiants et des substances psychotropes, rendant notamment “contraignante l’adoption de mesures pénales […] à la détention et à l’achat de stupéfiants et de substances psychotropes et à la culture de stupéfiants destinés à la consommation personnelle”.
Depuis lors, nombreux sont les pays signataires de ce texte à avoir repensé leurs stratégies répressives à l’égard des consommateurs de drogues, forcés de constater qu’elles n’ont aucunement contribué à juguler l’offre et la consommation de stupéfiants sur leur territoire; générant au contraire des problèmes sanitaires, sécuritaires et sociaux dramatiques.
L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) elle-même a d’ailleurs confirmé à maintes reprise dans son Rapport mondial sur les drogues (parution annuelle), que l’ensemble des mesures répressives adoptées depuis plus de vingt ans pour éradiquer et contrôler la production de drogues illicites ont été vaines, relevant à juste titre que dans le monde entier, les prisons sont remplies de personnes incarcérées du fait de délits liés à la drogue, alors que beaucoup d’entre elles ont précisément été conduites à enfreindre la loi en raison de leurs problèmes de dépendance et du fait de leur vulnérabilités économique et sociale.
Dans un rapport daté de juin 2011, l’Open Society Foundations décrit le processus, les idées et les valeurs ayant permis au Portugal d’opérer une transition salutaire d’une politique se limitant à réprimer sévèrement l’usage et la possession de produits stupéfiants, vers une véritable politique de santé publique, intégrant une stratégie efficace de réduction des risques liés à la consommation de drogues.
Avec une décennie d’expérience, le Portugal fournit un excellent exemple de la façon dont la décriminalisation, associée à des mesures éprouvées (distribution de matériel d’injection et de sniff stérile; promotion des traitements de substitution; création de salles de consommation à moindre risque; mise en place de programmes d’aide à la réinsertion sociale et professionnelle; etc.) en direction des personnes usagères de drogues, a permis de réduire à la fois la consommation et la dépendance aux drogues dites “dures”, telles l’héroïne et la cocaïne, mais également l’incidence de VIH et de VHC dans cette population particulièrement vulnérable à l’épidémie.
Retrouvez le rapport de l’Open Society Foundations dans son intégralité (disponible en anglais, allemand, polonais et portugais), en cliquant ici.

IRIN, le service d’analyses et de nouvelles humanitaires du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies, nous rappelait très justement hier le rôle crucial joué par les agents de santé communautaires, salariés ou bénévoles, sensibilisant la population et prenant soin des patients infectés ou affectés par le VIH/sida dans les pays les plus pauvres de la planète.
Car les fournisseurs de soins communautaires ne se contentent pas de vérifier que les patients ont suffisamment d’antirétroviraux (ARV). A l’instar de Samia, travaillant dans un district rural de l’ouest du Kenya, ils rendent quotidiennement visite aux patients, s’occupent d’eux, aident certains d’entre eux à se rendre à l’hôpital, donnent des conférences dans les dispensaires locaux ou encore, tentent de comprendre et de motiver les patients qui ne se rendent plus aux centres médicalisés auxquels y sont rattachés pour effectuer leurs bilans de santé. Sans eux, il est clair que certains malades mourraient, faute de soins adéquats ou en raison de l’interruption, voire de l’arrêt complet de leur traitement antirétroviral.
Au Swaziland, nous apprend IRIN, la crise financière qui va en s’aggravant a de très graves répercussions sur le système de santé. Ainsi, les personnel infirmier se met régulièrement en grève pour manifester contre le manque de sécurité au travail et la faiblesse des salaires. Dans ce contexte, les Swazis dépendent de plus en plus des bénévoles communautaires pour combler les lacunes du secteur de la santé publique.
Au Kenya, ce sont plus de 10 000 postes d’agents de santé de proximité qui ont été créés dans les communautés ces dernières années, afin de pallier le manque de professionnels de la santé. Des agents de santé communautaires, qui permettent ainsi concrètement d’étendre les programmes de lutte contre le VIH/sida, ainsi que les services de consultation volontaire et de conseil en matière de suivi et d’aide à l’observance des traitements antirétroviraux, jusque dans les régions les plus reculées du pays et au sein des groupes de population les plus vulnérables à l’épidémie.
Ces acteurs de terrains communautaires sont quelquefois eux-mêmes infectés ou affectés par le VIH/sida et font bénéficier la population locale de leurs savoir-faire et expertise. Ainsi, nous explique IRIN, à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), où les préjugés ont la vie dure et les porteurs du VIH sont souvent rejetés par la société, une organisation non gouvernementale (ONG) a recours à des bénévoles séropositifs pour prendre soin des autres malades et sensibiliser la communauté aux difficultés vécues par les Personnes Vivant avec le VIH/sida (PVVIH).
A l’évidence, la dimension politique de l’épidémie requiert une réponse interne des communautés touchées par le VIH et délaissées par les pouvoirs publics, à commencer par l’entraide entre personnes touchées: proches, soignants, militants, etc. C’est de cette réponse communautaire que sont nées les associations membres de Coalition PLUS, et elle est au cœur de leur projet et de leur identité.
Photo: Intervenantes en santé communautaire de l’association malienne ARCAD-SIDA, membre cofondateur de Coalition PLUS (Crédit: © JDM – JournalduMali.com)
Le Nord du Maroc a connu ces dernières années une augmentation rapide de l’usage de drogues, tout particulièrement l’héroïne par voie injectable, avec comme corollaire une épidémie d’infection à VIH et au virus de l’hépatite C.
C’est pourquoi, l’ALCS, principale association de lutte contre le sida au Maroc, reconnue d’utilité publique, membre fondateur de la Coalition Plus, impliquée à la fois dans la prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH et dans des projets de prévention de proximité auprès des populations les plus vulnérables à l’infection à VIH (MSM, professionnelles du sexe, migrants) s’est investit dans la réduction des risques et dans le plaidoyer pour la défense des droits des personnes usagères de drogues (PUD).
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30 ans du VIH/sida – Interview de Vincent Pelletier, directeur général de AIDES et de Coalition PLUS
| Interview parue dans Direct Matin – 20 mai 2013 | “La recherche su…
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