©Coalition PLUS/Mamoudou Lamine Kane, Mauritanie 2021

Fondée en 1999 à Nouakchott pour lutter contre le sida, SOS Pairs Educateurs est devenue une association de référence dans son pays. Elle est reconnue en Mauritanie comme un acteur capable d’intensifier le dépistage envers les populations les plus vulnérables au VIH et est parvenue à nouer des partenariats stratégiques avec les organisations des Nations Unies pour y parvenir. Elle a élargi ses services dans les zones où les services de santé font défaut. Elle est parvenue à les sanctuariser en pleine pandémie de Covid-19 et même à les diversifier. Elle a démontré ses capacités à gérer d’importants budgets en conformité avec les standards internationaux. Résultat, SOS Pairs Educateurs est désormais une organisation de la société civile crédible, fiable et incontournable auprès des partenaires techniques et financiers, non seulement nationaux mais aussi internationaux.

Pour son directeur Djibril Sy, ce nouvel essor s’est amorcé en 2014 quand l’association a intégré la Plateforme MENA de Coalition PLUS qui est pilotée depuis le Maroc par l’ALCS, pionnière de la lutte contre le sida dans la région et membre fondateur de Coalition PLUS. C’est dans ce cadre de coopération unique en son genre, soutenu activement par L’Initiative à travers le projet « Accès à des services de santé de qualité pour les Populations Clés » que SOS Pairs Educateurs a bénéficié d’une série d’appuis techniques sur plus de 5 ans. L’association s’est transformée de l’intérieur jusqu’à réussir à changer la vie de milliers de Mauritaniennes et Mauritaniens. 

Formations au dépistage communautaire

En République islamique de Mauritanie, le dépistage communautaire, tel que recommandé par l’Organisation mondiale de la Santé, reste l’un des moyens les plus efficaces pour atteindre les hommes et les femmes hautement vulnérables au VIH, stigmatisées, marginalisées du fait de leurs pratiques sexuelles et éloignées des services de santé. 

Le dépistage communautaire a pour spécificité d’être effectué par des agents issus des communautés les plus vulnérables au VIH et dûment formés à l’exécution de certaines tâches biomédicales. Ces agents communautaires sont les mieux placés pour dépister leurs “pairs”. Ils parviennent à établir un lien de proximité et de confiance qui s’avère indispensable pour assurer, face à l’épidémie de sida, une prévention de qualité.

Des relais communautaires formés au dépistage du VIH par SOS Pairs Educateurs ©Coalition PLUS/Mamoudou Lamine Kane, Mauritanie 2021

Après avoir été formée au dépistage communautaire par l’ALCS, SOS Pairs Educateurs est devenu à son tour un acteur capable de diffuser à l’échelle nationale cette expertise communautaire spécifique. Elle a formé une trentaine de relais communautaires issus de 10 associations, non seulement au dépistage rapide du VIH mais aussi au dépistage de l’hépatite B, et bientôt à l’autotest.

Ciblage des populations clés

En Mauritanie, la discrimination ou l’autostigmatisation des populations clés, ainsi que le manque de formation des soignants à leur accueil contrarient leur accès aux structures de soins classiques, ce qui constitue un réel obstacle au déploiement des services de santé. Dans ce contexte, les cliniques mobiles et les relais communautaires déployés par SOS Pairs Éducateurs sont incontournables pour garantir un accès réel à la prévention et aux soins.  

En milieu urbain, les relais communautaires effectuent et mettent à jour une cartographie des lieux de sociabilité communautaire afin de localiser précisément les populations vulnérables, très mobiles, selon leurs habitudes de vie. Ils assurent des services de sensibilisation et d’information, de dépistage et de soutien psychologique. Enfin, ils  orientent les personnes vivant avec le VIH et/ou une hépatite virale vers les structures de prise en charge adéquates.

A Nouakchott, c’est le quotidien de Mohamed, relais-communautaire formé par SOS Pairs-Educateurs. Il intervient auprès de ses pairs, faisant lui-même partie d’une communauté fortement vulnérable en Mauritanie.

Mohamed, relais communautaire de SOS Pairs Educateurs à Nouakchott – ©Coalition PLUS/Mamoudou Lamine Kane, Mauritanie 2021

«J’ai subi une pression familiale d’abord, terrible, puis sociale, quand je me suis affirmé. Aujourd’hui j’assume cette part de ma personnalité. J’effectue des dépistages actifs durant certaines séances de sensibilisation. En cas de réactions positives au VIH, nous redirigeons les personnes vers le centre de prise en charge de référence des PVVIH à Nouakchott. »

Mohamed

En milieu rural où il y a un fort déficit de personnel soignant, les relais communautaires sensibilisent les populations au VIH et aux hépatites virales, mais aussi aux autres infections virales et pathologies chroniques comme la tuberculose, le diabète, le paludisme, etc.  Ils jouent le rôle d’intermédiaire entre les populations et les cliniques mobiles de SOS Pairs Educateurs. 

Egalement relais communautaire formé par SOS Pairs-Educateurs, Ely Cheikh intervient depuis quatre ans sur les sites de prostitution aux alentours du port de la ville de Nouadhibou située à 480 km de la capitale dans le nord-ouest du pays.

« Au début, on trouvait difficilement des oreilles pour nous écouter. Mais depuis quelques années, les personnes que nous rencontrons sont prêtes à bénéficier des services proposés. Elles deviennent même actrices de la sensibilisation auprès de leurs paires ».

Ely Cheikh

Ely cheikh, relais communautaire de SOS Pairs Educateurs à Nouadhibou- ©Coalition PLUS/Mamoudou Lamine Kane, Mauritanie 2021

Service de santé décentralisés

Dans certaines zones géographiques difficiles d’accès et dépourvues d’équipements, SOS Pairs Educateurs a renforcé l’offre de santé en améliorant les capacités d’accueil des structures de santé préexistantes et en formant encore et toujours des relais communautaires. 

L’île de Djahoos est située à une heure de pirogue de Ndiago sur la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie – ©Coalition PLUS/Mamoudou Lamine Kane, Mauritanie 2021

Dans chacun des 40 villages que compte la commune de Ndiago (250 km de Nouakchott), SOS Pairs Educateurs a formé des relais communautaires qui sensibilisent les populations et les accompagnent dans le traitement.

©Coalition PLUS/Amy Sow, Mauritanie 2021

Ces relais communautaires sont chargés d’alerter l’une des deux cliniques mobiles implantées par l’association à Ndiago sur les cas qui nécessitent une prise en charge médicale.

A Djahoos, une île située à 1 heure de pirogue de Ndiago sur la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie, avec l’appui financier de BP, l’association a implanté un dispositif de santé pour permettre aux populations d’accéder aux services de soins. Avant ce dispositif, les populations de Djahoos devaient traverser la frontière vers Saint-Louis au Sénégal pour bénéficier des soins de santé.  

Le poste de santé de Djahoss restauré et équipé par SOS Pairs-Educateurs ©Coalition PLUS/Mamoudou Lamine Kane, Mauritanie 2021

« SOS Pairs Educateurs s’est renforcée sur l’accès aux services de santé. En tant qu’association communautaire, nous avons un rôle primordial à jouer dans tout le processus de l’action sanitaire de la prévention à la prise en charge médicale et dans le dépistage actif. Avant le projet Accès à des services de santé de qualité pour les populations clés, le taux de consultation était à 2500 par an à Ndiago. Deux ans plus tard, il s’élève à 12500 ! Cette prouesse a été possible grâce à notre travail de facilitation à l’accès aux services de santé, de réhabilitation des postes de santé, ainsi que la mise en place d’un groupe téléphonique gratuit réunissant les différents intervenants de la mise en œuvre du projet pour faciliter la communication interne. De même que nous faisons appel à la clinique mobile et les relais communautaires dans les villages en cas de besoins.»

Adaptation en période COVID-19

Quand la pandémie de Covid-19 a frappé la Mauritanie, SOS Pairs Educateurs est parvenue à maintenir ses services voire même à les développer. En tant que partenaire de la Plateforme MENA de Coalition PLUS, l’association a pu bénéficier du fonds d’urgence mis en place par Coalition PLUS grâce à l’appui et à la flexibilité de ses principaux bailleurs dont L’Initiative d’Expertise France et l’Agence française de développement. SOS Pairs Educateurs a identifié et budgété ses besoins, les a fait connaître à la Plateforme MENA qui les a fait remonter au secrétariat de Coalition PLUS. Cette chaîne de coordination a su se mobiliser en lien direct avec le terrain dans des délais records afin d’apporter une réponse immédiate. 

Grâce à cet appui financier, SOS Pairs Éducateurs a notamment pu installer des fontaines dans le quartier populaire où se concentrent les populations vulnérables de Lekreiga à Nouakchott pour permettre aux populations d’être en capacité d’observer l’une des mesures basiques et essentielles de réduction du risque de  transmission du coronavirus : le lavage des mains.

Des fontaines installées dans certains ménages du quartier Lekreiga à Nouakchott pour l’accès à l’eau potable ©Coalition PLUS/Mamoudou Lamine Kane, Mauritanie 2021

Dans ce quartier, l’eau est une denrée rare : les populations sont ravitaillées par des charrettes qui vendent le baril de 200 litres à un prix prohibitif. Ainsi, 60 ménages parmi les plus vulnérables du quartier ont pu bénéficier d’un branchement gratuit à l’eau potable.

Pour faire face à la pandémie et permettre aux populations de répondre à leurs besoins vitaux pendant le confinement, des kits alimentaires ont été également distribués aux plus vulnérables et aux personnes vivant avec le VIH. 

SOS Pairs Educateurs, un acteur stratégique

Grâce à ces différents appuis, SOS Pairs Educateurs est désormais un acteur leader dans la lutte contre le VIH en Mauritanie, voire dans la sous-région. Au niveau national, l’organisation représente désormais la société civile au sein de plusieurs  commissions de lutte contre le sida en Mauritanie. Elle est activement impliquée dans l’élaboration de la stratégie nationale de lutte contre le sida et son plaidoyer avec les autres structures de la société civile a permis de rehausser la considération de l’action communautaire dans le programme national de lutte contre le sida en Mauritanie. 

D’un point de vue budgétaire, ces nouveaux partenariats ont un impact concret. En moins de 10 ans, l’association est parvenue à quintupler ses financements en passant de 200 000 à 1 000 000 de dollars. 

Dr Adama Diop,  chef du  poste de santé de Dar El Beyda,  ©Coalition PLUS/Mamoudou Lamine Kane, Mauritanie 2021

L’association est désormais un acteur de confiance aux yeux des organisations des Nations Unies comme l’ONUSIDA, l’UNFPA, le PNUD et l’OMS avec qui elle collabore pour mettre en place la première expérience de l’auto-test en Mauritanie.

Dr Zahra Fall, actuelle administratrice Pays au Programme VIH, Tuberculose, Paludisme et Hépatite – ©Coalition PLUS/Amy Sow, Mauritanie 2021

Dr Zahra Fall Malick, National Officier Programme à l’OMS en charge de l’appui technique aux programmes nationaux VIH, Tuberculose, paludisme et Hépatites est l’un des soutiens privilégiés de SOS Pairs Educateurs en Mauritanie depuis sa création.

Après avoir accompagné l’association dans la mise en place du premier dispositif de dépistage communautaire dans les années 2000 en tant que Coordinatrice Nationale des services de dépistage du VIH relevant du Ministère de la Santé, en 2020 Dr Zahra appuyé l’association pour intégrer à ses activités le dépistage communautaire démédicalisé de l’hépatite B. Elle supporte désormais le plaidoyer de SOS Pairs Educateurs auprès des autorités mauritaniennes et de l’OMS. 

Plateforme MENA : un modèle de coopération innovant

L’équipe de la Plateforme MENA – © ALCS

Ces résultats obtenus par SOS Pairs Éducateurs sont une preuve de l’efficacité du modèle innovant de coopération au niveau sous-régional prôné par Coalition PLUS et ses membres depuis 2015 à travers ses plateformes géographiques soutenues par L’Initiative.

Djibril Sy – Président de SOS Pairs-Educateurs ©Coalition PLUS/Mamoudou Lamine Kane, Mauritanie 2021

«Tout est parti du diagnostic organisationnel dont nous avons bénéficié en 2015, analyse le directeur Djibril Sy. Cela nous a permis d’identifier nos lacunes, de réorienter notre projet associatif, d’affirmer notre démarche communautaire et de mettre en place une stratégie de renforcement de capacité au regard de nos nouveaux objectifs stratégiques. De la thématique du dépistage communautaire démédicalisé, nous sommes entraînés à participer activement au repositionnement de l’action de santé communautaire dans le système de santé mauritanien en général. Pour nous tous à SOS Pairs Educateurs, cela a été une expérience humaine d’une forte intensité ».

Djibril Sy


SOS Pairs Educateurs a bénéficié d’une série d’appuis techniques adaptés à ses besoins et à son contexte national, de 2014 à 2020.

-Diagnostic organisationnel en avril 2015
-Mission d’appui à la gestion financière et au Suivi et Évaluation en janvier 2016
-Mission d’appui en matière de dépistage mobile à base communautaire (étude)
-Atelier de formation de pairs-éducateurs sur le dépistage communautaire et le counseling
-Atelier de mobilisation des pairs éducateurs autour de la prévention combinée.
-Stage en offre de santé sexuelle pour deux personnes dans le centre El Borj de l’ALCS à Marrakech au Maroc
-Mise en place d’un système de gestion des données des populations clés
-Production du guide de suivi des activités du relais et conseiller du dépistage communautaire auprès des populations clés
-Mission d’appui et de formation sur la réalisation de cartographie des populations clés
-Réalisation d’une cartographie des sites des populations clés à Nouakchott
-Stage et participation d’un membre de SOS PE à la réalisation de la cartographie des PC de la ville d’El Jadida au Maroc
-Mise en place d’un système de codification unique des populations clés
-Participation à deux universités régionales des personnes vivant avec le VIH
-Soutien à la participation de SOS Pairs-Educateurs aux conférences internationales
-Participation à l’atelier régional sur la cascade des soins en 2019, à Casablanca

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