Ben, pair-éducateur à Maurice : “Pendant le confinement, nous avons dû organiser des distributions alimentaires pour pallier la précarité grandissante”

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Portrait de Ben. Droits réservés.
Portrait de Ben. Droits réservés.

Pour freiner la propagation du coronavirus, de nombreux pays ont mis en place des mesures de confinement. Ainsi, du 20 mars au 14 mai 2020, l’Île Maurice a réduit son activité économique et ses services de transports au strict minimum. Pendant cette période, A.I.L.E.S, membre de la Plateforme Océan Indien de Coalition PLUS, a dû adapter ses services pour continuer à accompagner les populations fragilisées par la crise sanitaire et économique. Ben, 50 ans, pair-éducateur, témoigne.

Peux-tu te présenter ? 

Je suis chez AILES depuis la création de l’association. D’abord en tant que volontaire. J’ai siégé au conseil d’administration, puis je suis devenu pair-éducateur à plein temps, il y a de cela trois ans.

Mon travail consiste à accompagner et soutenir les gens de ma communauté. Je n’ai pas eu cette chance, alors je fais tout pour venir en aide à celles et ceux qui en ont besoin. Je travaille avec les personnes vivant avec le VIH, les utilisateurs-rices de drogues injectables et les personnes sous traitement de substitution à la méthadone. Sur le terrain, j’accompagne les patients-es à leurs rendez-vous. Par ailleurs, je fais des visites à domicile et à l’hôpital pour m’assurer que les patients-es ont ce dont ils-elles ont besoin pour bien suivre leur traitement. Je fais aussi de l’éducation thérapeutique et le relais entre le ministère de la santé et celles et ceux qui veulent être incluses dans le programme de substitution à la méthadone. Je suis une oreille attentive, un accompagnateur et un conseiller.

Quelles ont été les conséquences du confinement sur les activités de ton association ?

Cette crise sanitaire a eu un grand impact sur nos activités et nous n’étions pas préparés. Afin de pouvoir poursuivre nos activités, nous avons dû mettre en place de nouvelles procédures. Pendant le confinement, nous avions plus de travail qu’en temps normal. Par exemple, les transports publics étaient limités et beaucoup de patients-es alités-es ne pouvaient pas aller prendre leur méthadone. Chaque matin, j’allais alors chercher un patient à moto pour l’emmener prendre son traitement ; en temps normal, il aurait pris un taxi. Il est dommage que le système de distribution de la méthadone à domicile ne soit pas disponible à Maurice. Je déplore également qu’il ne me soit pas permis, en tant que pair-éducateur, d’aller directement récupérer et délivrer leur traitement aux bénéficiaires qui sont alités-es.

En collaboration avec d’autres associations, il nous a fallu organiser des collectes et distribution alimentaires pour pallier la précarité grandissante de nos bénéficiaires.  Nous avons aussi agi en tant que facilitateurs en faisant la liaison entre le personnel hospitalier et les personnes séropositives, afin de les aider à avoir leur antirétroviraux délivrés à la maison au pas de leurs portes. Nous avions le soutien du Ministère de la santé.  Malheureusement, nous ne sommes toujours pas reconnus comme services essentiels. Seuls le personnel hospitalier et les policiers ont été récompensés à la fin du confinement.

Afin de respecter les mesures barrières, nous portions des gants et des masques. Nous travaillons en binôme afin de nous assurer que le protocole établi soit respecté. Cela nous a pris un peu de temps avant d’inscrire ces mesures barrières dans nos habitudes, mais si par inadvertance je me trouve à moins d’un mètre d’un bénéficiaire, mon collègue est là pour m’en avertir.

La crise sanitaire t’inquiète-elle ?

Je suis sur le terrain au quotidien, et m’inquiète donc d’exposer mes proches à des risques de contamination. A la maison également, j’applique la distanciation physique. Au début c’était dur, et puis, avec le temps, chaque membre de la famille a bien compris et nous avons mis en place un système de sécurité. Ma compagne ouvre les portes à mon arrivée afin que j’aie le moins de choses à toucher. J’ai un espace de décontamination à l’extérieur de la maison, complété d’une douche prise avant toute autre activité.

Je crains aussi pour certains de nos patients-es qui sont très fragiles et vulnérables. Sur les sites de méthadone, c’est difficile pour certains-es de respecter les mesures de protection, surtout par manque d’informations. Nous faisons de notre mieux pour expliquer ces mesures. Nous distribuons aussi des masques et gants que nous recevons de certains entreprises mauriciennes, car le Ministère de la santé ne propose pas de matériel de  protection pour les personnes sous méthadone. Mais cela prend du temps pour que chacun-e inscrive ces gestes barrières dans ses habitudes…

Au début, les mesures sanitaires prises pour lutter contre le COVID-19 ont engendré de la violence, très visible sur les réseaux sociaux. Les forces de l’ordre étaient dépassées et ne savaient pas comment réagir. Sur les sites de méthadone, il y avait comme un excès de zèle. Parfois de la violence verbale, un peu plus que d’habitude, pour disperser les gens après avoir pris leur médicament. Maintenant les choses se sont calmées. Cependant, je souhaiterais que le gouvernement puisse trouver une approche plus humaine à ce problème de distribution de méthadone en temps de pandémie et, surtout, pendant les catastrophes naturelles, telles que les cyclones. Je le ressens comme une discrimination et un déni des droits humains.

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