Olivier (Île Maurice) : “Les patients-es sous méthadone sont les oubliés-es de la crise du COVID-19”

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Autoportrait d'Olivier, Port-Louis (Maurice). Droits réservés.
Autoportrait d'Olivier, Port-Louis (Maurice). Droits réservés.

La pandémie de COVID-19 et les mesures de santé publique mises en œuvre pour y répondre ont un impact important sur la santé des personnes usagères de drogues. Afin de pouvoir continuer à accompagner cette population particulièrement vulnérable au VIH/sida et à l’hépatite C, les militants-es de notre réseau ont réorganisé leurs actions. Olivier, 28 ans, chargé de mission sur le terrain, au sein de l’association A.I.L.E.S, membre de la Plateforme Océan Indien de Coalition PLUS, revient sur la situation à l’Île Maurice.

Peux-tu te présenter ? 

Je suis chargé de mission sur le terrain (« outreach and support officer ») chez AILES depuis plus d’un an auprès des personnes vivant avec le VIH et / ou l’hépatite C. J’interviens aussi auprès des personnes usagères de drogues et qui désirent commencer un traitement à la méthadone et aussi celles qui ont des difficultés pendant leur traitement à base de méthadone.

Mon rôle consiste à accompagner les bénéficiaires vers les centres de soins et les sites de méthadone, et à effectuer des visites à domicile. Je m’occupe aussi de la planification des interventions des équipes de terrain, ainsi que des rendez-vous avec les professionnels-les de santé.

Quelles sont les conséquences de la pandémie de COVID-19 sur les activités de ton association ?

Avec la crise sanitaire du COVID-19, nous avons dû redoubler d’efforts. Sachant que beaucoup de nos patients-es sont à risques, et afin de les protéger et d’empêcher la propagation du virus, nous agissons comme relais avec le centre de soins. Nous allons collecter leurs médicaments, leur apportons la méthadone, ou même le lait maternisé, indispensables pour les bébés suivis en centre de soins VIH. Nous nous rendons disponibles quand les personnes ne peuvent pas se déplacer. Sur le terrain, nous travaillons en binôme. Chacun veille sur l’autre et s’assure du respect des mesures de sécurité. Nous avons des masques, des gants et du gel et veillons à respecter toutes les mesures de protection en vigueur. Grâce au soutien de la Plateforme Océan Indien de Coalition PLUS, nous avons eu accès à des équipements et des paniers alimentaires pour nos bénéficiaires.

La crise du COVID-19 t’inquiète-elle ?

Étant donné que j’applique à la lettre les mesures sanitaires et que je porte les équipements nécessaires, je ne suis pas inquiet quant à ma santé. Le protocole que je rencontre lorsque je vais au centre de soins me rassure. J’étais surtout inquiet pour certains-es patients-es les plus fragiles. Par exemple, nous avons des patients-es alités-es. D’autres sont dépendants-es aux produits psychoactifs et ont besoin de leur consommation plusieurs fois par jour. Ils et elles sortaient donc de chez eux et s’exposaient potentiellement au virus.  Certains-es de nos patients-es séropositifs-ves ont un système immunitaire faible et peuvent facilement attraper des infections, dont le Covid-19.  Au plus fort de la pandémie, nous avons donc poursuivi nos actions pour maintenir la continuité des soins.

Par ailleurs, j’ai remarqué une stigmatisation certaine à l’égard des personnes touchées par le coronavirus. Quand quelque chose se passe, tout le voisinage en parle. C’est un peu dans notre culture. Les personnes vivant avec le VIH et les usagers-ères de drogues subissent la même discrimination et je trouve que l’éducation peut changer les choses. On a peur de l’inconnu.

Que penses-tu de la gestion de la situation par les autorités ?

Au début, sur les sites de méthadone, les choses étaient un peu difficiles avec les forces de l’ordre. Les policiers ne faisaient preuve d’aucune pédagogie et recouraient aux violences verbales pour empêcher les attroupements.

Bien que je trouve les mesures prises par les autorités mauriciennes adaptées, certains dommages collatéraux auraient pu être évités. Sur les sites de distribution de méthadone, il n’y avait pas vraiment de protocole mis en place. Les patients se mettaient en danger chaque jour pour aller prendre leur médicament. C’était choquant et très inquiétant. Les centres d’induction à la méthadone et l’unité de réduction des risques sont restés fermés. Les sites de distribution de la méthadone sont restés opérationnels, mais leur accès était très difficile pour certains-es. En effet, les horaires d’ouverture n’étaient pas adaptés à la réalité des transports. Certains-es devaient parcourir des kilomètres à pied pour se procurer leurs médicaments. Les femmes devaient emmener leurs enfants avec elles, car les écoles et les crèches étaient fermées. Le gouvernement aurait pu prévoir un système de distribution à domicile (dit « Home Dose ») pour ne pas mettre les patients-es et leurs familles en danger. Même si le programme s’est poursuivi pendant le confinement, les patients-es sous méthadone sont les grands-es oubliés-es de cette crise.

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