La santé sexuelle, une stratégie communautaire pour en finir avec le sida

Depuis que notre réseau d’associations communautaires de lutte contre le VIH et les hépatites virales a été créé en 2008, nous avons à Coalition PLUS la volonté de développer l’offre de santé sexuelle, et plus encore de la rendre accessible dans les 52 pays où nous intervenons.

Concept relativement méconnu, la santé sexuelle est définie par l’Organisation mondiale de la Santé comme « un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social en matière de sexualité » qui « exige une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles agréables et sécuritaires, sans coercition, ni discrimination et ni violence ».

La santé sexuelle, un axe stratégique dans la lutte contre le sida

La santé sexuelle constitue un axe stratégique dans notre lutte contre le sida. Dans les pays où agissent nos membres et partenaires, l’épidémie de VIH n’est quasiment plus généralisée grâce aux spectaculaires avancées obtenues depuis 40 ans. Néanmoins, elle reste concentrée dans certaines populations dites « clés » : les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, les travailleurs-ses du sexe, les personnes transgenres et les usagers-ères de drogues injectables.

En Équateur, une femme transgenre sur trois vit avec le VIH. Dans les grandes villes du Cameroun, c’est presque un homme ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes sur deux. Au Maroc, la prévalence du VIH chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes et les travailleurs-ses du sexe s’élève à 4,9 % et à 1,7 % alors qu’elle est d’à peine 0,1 % dans la population générale. Au Mali, chez les travailleurs-ses du sexe, elle est de plus de 8 %. En France, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes et les hétérosexuels-les nés-es à l’étranger représentent respectivement 43 % et 37 % des découvertes de séropositivité déclarées entre janvier 2019 et septembre 2020.

La criminalisation et la stigmatisation, des facteurs de vulnérabilité face au VIH

Les populations clés sont davantage exposées au VIH en raison de facteurs de vulnérabilité qui les isolent et les éloignent des services de santé. Des lois répressives criminalisent les hommes gays et bisexuels au Cameroun. Se rendre dans un lieu de prise en charge et récupérer du matériel de prévention devient alors risqué pour ces personnes qui craignent d’être arrêtées. À l’hôpital, les populations clés n’échappent pas à la stigmatisation. Se sentant a minima incomprises, au pire menacées, elles ne peuvent parler ni de leur orientation sexuelle ni de leurs pratiques sexuelles, empêchant d’établir certains diagnostics. Au-delà de la santé, cette stigmatisation se ressent dans la sphère privée et publique, familiale et professionnelle, et mène souvent à une exclusion sociale.

Développer la santé sexuelle pour atteindre les populations clés

Face à ce constat alarmant, développer la santé sexuelle constitue un formidable levier d’action pour impacter cette épidémie concentrée. Cela nous permet de faire entrer et, plus encore, de garder les populations vulnérables dans le soin. Mais ouvrir et maintenir des cliniques communautaires de santé sexuelle comme nous le faisons relève le plus souvent du parcours du combattant. Cela exige des moyens financiers conséquents, une puissante volonté politique et une reconnaissance fondamentale du droit universel à la santé sexuelle sans discrimination.

Si nous agissons sur le terrain depuis des années pour être en capacité d’offrir des services de santé sexuelle de qualité, il nous semble important de le dire et de le raconter. Dans cet ouvrage, vous découvrirez nos méthodes, nos innovations, nos défis pour faire de la santé sexuelle une réalité pour nos communautés. Vous serez immergés-es dans cinq contextes nationaux extrêmement divergents – Cameroun, Équateur, France, Mali, Maroc – mais où chacune de nos associations – Alternatives Cameroun, Kimirina, AIDES, ARCAD Santé PLUS, ALCS – vise le même objectif : en finir avec le sida en apportant une offre de santé sexuelle adaptée aux populations qui en ont le plus besoin.

Solidairement,

Pre Hakima Himmich, Présidente de Coalition PLUS

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