Paris, 20 janvier 2026 – Le 20 janvier 2025, le gel de financements de l’aide américaine provoque une onde de choc dans la riposte mondiale au VIH. L’événement intervient en même temps que plusieurs décisions politiques des pays du Nord, limitant les montants et les conditions d’allocation de la solidarité internationale. Un an après, quel est l’impact sur le terrain ? Coalition PLUS et ses partenaires ont mené une enquête auprès de 79 organisations communautaires dans 47 pays et tirent la sonnette d’alarme : la riposte au VIH est affaiblie et les services essentiels de prévention, d’accompagnement et de santé reculent. Les femmes, les jeunes et les personnes LGBTQI+ sont les plus touchées.
Au-delà des chiffres, l’enquête met en évidence une dynamique décrite dans la conclusion du rapport : les coupes d’aide internationale causent des dommages larges et profonds, non seulement sur les services, mais aussi sur les organisations communautaires, sur l’infrastructure de soins, et sur le contexte social et politique dans de nombreux pays.
Chiffres clés de l’enquête :
- 79 organisations communautaires répondantes dans 47 pays.
- 77% d’entre elles déclarent que les réductions de financements internationaux ont affecté la délivrance de services.
- PrEP : dans 81% des organisations, l’accès à ce traitement préventif fonctionne à moins de 50% du niveau de janvier 2025.
- Intrants : 56% signalent un impact sur la disponibilité des consommables.
- 95 % des organisations rapportent que les produits destinés au traitement des IST sont indisponibles ou moins disponibles.
- Soutien aux personnes vivant avec le VIH : 69% des organisations sont à moins de 50% de capacité.
- Populations clés : arrêt complet des services à destination des personnes trans et des usager.ère.s de drogues pour 10% des organisations ; réduction/arrêt des services à destination des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes pour 85% et 82% envers les travailleur·euse·s du sexe.
- Équipes : 2 275 postes de pairs éducateur·rice.s/agents de santé communautaire ont vu leurs rémunérations suspendues ou coupées (en moyenne, 45 postes impactés par organisation).
Ruptures et pénuries : des conséquences concrètes et immédiates
Le choc financier se traduit par des ruptures et une moindre disponibilité de produits : 56% des organisations signalent un impact sur la disponibilité des intrants.
Les produits les plus touchés concernent notamment les traitements hormonaux de substitution (THS) et les traitements IST (tous deux rapportés comme indisponibles ou moins disponibles par 95% des organisations), mais aussi la réduction des risques (93%), les traitements de substitution aux opioïdes (92%), les préservatifs et le lubrifiant (86%) et les vaccins (86%).
L’enquête met également en évidence un effet domino sur les coûts : lorsque l’aide internationale ne subventionne plus certains achats ou n’ouvre plus l’accès à des mécanismes d’achats groupés, certains produits et actes peuvent devenir plus chers, voire être interrompus dans certains contextes (mesure de charge virale, CD4). En bout de chaîne, c’est donc le reste à charge des personnes affectées qui augmente.
Une prévention fragilisée, des services essentiels au ralenti
La situation est particulièrement préoccupante pour la prévention de l’épidémie : dans 81% des organisations, l’accès à la PrEP fonctionne à moins de la moitié du niveau observé en janvier 2025.
Les services de soutien aux personnes vivant avec le VIH reculent également : 69% des organisations déclarent fonctionner à moins de 50% de leur capacité.
Les organisations communautaires jouent un rôle déterminant pour atteindre les personnes les plus exposées et dans l’accompagnement, le maintien dans le soin, la prévention, l’orientation et les services non médicaux. Or, l’enquête indique que 38% des organisations ont totalement interrompu au moins une forme de service de soutien, l’aide juridique et les services liés aux violences basées sur le genre étant parmi les plus fortement affectés.
Une crise de la riposte communautaire elle-même
Au-delà des services, c’est la capacité d’action des organisations qui est atteinte : 63% déclarent un impact direct sur leur fonctionnement ; 22% ont perdu au moins la moitié de leur budget (dont 9% plus de 75%).
Les ressources humaines sont particulièrement affectées : 65% des organisations rapportent un impact sur leurs équipes ; au total 2 275 postes de pairs éducateur·rice.s/agents de santé communautaire sont touchés par la suspension ou la coupure d’indemnités.
Certaines organisations décrivent des fermetures de structures (centres, permanences, cliniques) ou la poursuite d’activités sur une base bénévole et non rémunérée.
Un contexte social et politique fragilisé
Les effets des coupes dépassent le champ de la santé : dégradation et affaiblissement de la société civile, résurgence de la stigmatisation visant les personnes vivant avec le VIH et les populations clés, fragilisation des alliances entre acteurs.
Plusieurs répondants associent la réduction des programmes communautaires (prévention, dialogue, accompagnement, aide juridique) à une hausse de la violence, de la stigmatisation et de la discrimination, avec un sentiment d’abandon des bénéficiaires en particulier les femmes, les jeunes et les personnes LGBTQI+.
Par ailleurs, si 30% des répondants décrivent des actions des pouvoirs publics (plans de contingence, ressources domestiques), la majorité indique ne pas avoir de visibilité sur une réponse gouvernementale structurée.
Une feuille de route de mobilisation des ressources
Les résultats de l’enquête constituent une feuille de route pour la mobilisation des ressources : ils identifient les catégories de services qui se dégradent et soulignent l’urgence d’agir, alors que des partenaires communautaires expérimentés ferment des structures, réduisent leurs équipes et risquent, à terme, de disparaître.
Alors que l’ONUSIDA envisage 3,3 millions de nouvelles infections supplémentaires par le VIH entre 2025 et 2030, Coalition PLUS appelle les gouvernements et les bailleurs à prioriser la continuité des services de soin et de prévention – en particulier la PrEP, les services destinés aux populations clés et la garantie de leur sécurité, la disponibilité des intrants essentiels, et le soutien à la capacité institutionnelle des organisations communautaires et de leurs équipes de première ligne.
Enquête réalisée par :
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À propos de Coalition PLUS :
Créée en 2008, Coalition PLUS est un réseau international de plus de 100 organisations communautaires de lutte contre le VIH/sida et les hépatites virales, engagées pour les droits et la santé des populations clés de l’épidémie.
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