Dans ce pays d’Afrique de l’Est, où une personne sur cent vit avec le VIH, les associations communautaires comme l’Association Nationale de Soutien aux Séropositifs et malades du sida (ANSS santé PLUS) sont les acteurs clés de la réponse à l’épidémie de VIH.
Aujourd’hui, ces ONG sont sous pression en raison de la raréfaction des financements et chaque jour, elles font preuve de détermination et d’inventivité pour poursuivre leurs activités et espérer mettre fin à l’épidémie. La 6e édition de la Semaine Internationale du dépistage en a été la preuve : reportage à Bujumbura.
Reportage photos par © Coalition PLUS / Benjamin Girette
Lancement de la 6e Semaine Internationale du Dépistage, une dizaine de personnes venues pour un dépistage du VIH et des IST attendent leur tour avant d’être prises en charge par les équipes de l’association.
Lancement de la 6e Semaine Internationale du Dépistage
La Semaine internationale du Dépistage : un message d’espoir et de courage adressé aux communautés vulnérables au VIH
Du 17 au 21 novembre 2025, Coalition PLUS a coordonné la 6e Semaine Internationale du Dépistage (SID), une mobilisation mondiale portée par une centaine d’associations de santé communautaire pour détecter le VIH et les IST, et renforcer l’accès à la prévention et aux soins – notamment pour les personnes les plus exposées et le plus souvent privées de services adaptés.
Face à l’effondrement des financements de la lutte contre le VIH, les associations burundaises mobilisées ont porté cette campagne comme un élan collectif en soutien aux milliers de vies mises en péril par ces décisions politiques brutales et réactionnaires. Durant une semaine, elles ont prouvé que dans l’adversité, les associations communautaires ne se résignent pas. Elles continuent d’œuvrer avec la même agilité et une capacité d’innovation inchangée depuis le début de l’épidémie.
Aux abords du centre Turiho, une affiche placardée au mur avec une citation de Jeanne GAPIYA-NIYONZIMA, Presidente de l’ANSS santé PLUS et Administratrice de Coalition Plus.
Sur l’image, Jeanne GAPIYA-NIYONZIMA,fondatrice en 1993 de l’ANSS santé PLUS, première organisation de la société civile burundaise à fournir des services anti VIH.
Au centre Turiho, dépister sans juger
À Bujumbura, la SID s’est déployée au centre Turiho (“Nous sommes vivants”, en kirundi), clinique de référence de l’ANSS Santé PLUS, organisation membre de Coalition PLUS.
L’ANSS suit environ 6 000 personnes vivant avec le VIH dans le pays, dont la moitié est accompagnée au centre Turiho.
Pendant la SID, l’affluence augmente fortement : au-delà des consultations et des dépistages, Turiho est aussi un espace d’accueil, de confidentialité et de respect — essentiel pour les personnes exposées à la stigmatisation, voire à la criminalisation. Pour beaucoup, franchir la porte d’un centre de santé communautaire, c’est pouvoir parler sans crainte, être orienté, être accompagné, et retrouver une forme de sécurité.
Au cœur de cette dynamique : les pairs éducateurs, relais indispensables au sein des communautés. Sur le terrain, ils et elles informent, rassurent, orientent, accompagnent.
A la réception du centre Turiho, Francine (a g.) et Nina (à d.) accueille avec un large sourire les candidats-es au dépistage. “Normalement, nous accueillons environ 120 personnes par jour. Là [durant la Semaine Internationale du Dépistage], il y en a deux à trois fois plus »
Dans un laboratoire, Inès et Célénie, laborantines, analysent les prélèvements qui affluent en raison de la Semaine Internationale du Dépistage (VIH, hépatites, syphilis)
Face à l’effondrement des financements de la lutte contre le VIH, les associations burundaises mobilisées ont porté cette campagne comme un élan collectif en soutien aux milliers de vies mises en péril par ces décisions politiques brutales et réactionnaires. Durant une semaine, elles ont prouvé que dans l’adversité, les associations communautaires ne se résignent pas. Elles continuent d’œuvrer avec la même agilité et une capacité d’innovation inchangée depuis le début de l’épidémie.
Ferdinand, pair éducateur : “Si j’arrête, il y aura des victimes.”
Assis dans la salle de prélèvement, Ferdinand, 34 ans vient se faire dépister. A ses côtés, Aline Nkurunziza, infirmière, fait la prise de sang.
Ferdinand a 34 ans. Depuis plusieurs années, il va à la rencontre des personnes dans son quartier : il répond aux questions, déconstruit les fausses croyances, encourage le dépistage, explique l’importance d’un suivi régulier.
Faute de financements, il poursuit aujourd’hui une partie de ses activités bénévolement. Il résume l’enjeu d’une phrase : “Si la prévention s’interrompt, les conséquences sont immédiates – et les personnes les plus exposées paient le prix fort.”
Prévenir, soigner, protéger : la riposte au VIH ne se résume pas à un test
Le dépistage n’est pas une fin en soi : il ouvre la porte à la prévention (dont la PrEP), aux traitements, et à un suivi durable.
Au centre Turiho, la prévention de la transmission mère-enfant illustre l’efficacité d’une prise en charge continue : cela fait près de sept ans qu’aucune transmission n’y a été enregistrée.
Clelia, 23 ans, séropositive et sa fille Bella, 5 mois, qui n’est pas porteuse du virus, sont en entretien avec la Docteur Evelyne Maniraho, médecin au centre depuis 2019.
La SID permet aussi d’aller plus loin : dépister et prendre en charge d’autres infections (dont les hépatites et la tuberculose) et repérer des lésions précancéreuses, notamment chez les femmes vivant avec le VIH, plus exposées à certains cancers liés aux HPV.
C’est une approche globale, au plus près des réalités : santé sexuelle, santé reproductive, prévention, traitement, et accompagnement social.
Christine, infirmière, est chargée du dépistage des lésions pré cancereuses du col de l’utérus, ici avec une patiente en entretien. C’est un acte de prévention déterminant car les femmes vivant avec le VIH ont 6 fois plus de risque de développer un cancer du col de l’utérus.
Quand les financements se tarissent, les personnes les plus exposées sont les premières touchées
Les alertes venues du terrain sont claires : réduction des équipes, programmes stoppés, baisse des activités communautaires et difficultés croissantes d’accès aux soins. Les conséquences ne se font pas attendre : retards de dépistage, ruptures d’accompagnement, personnes “perdues de vue”, fragilisation de l’observance thérapeutique. Et, mécaniquement, ce sont les populations les plus stigmatisées — hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes, travailleuses du sexe, personnes usagères de drogues — qui risquent d’être les premières privées d’un dépistage accessible et sûr.
Dans ce contexte, la parole et la présence des associations restent un rempart : elles maintiennent la confiance, protègent la confidentialité, et rendent possible l’accès à des services que beaucoup n’oseraient pas solliciter ailleurs.
Billy, activiste : transformer le silence en force
Billy, activiste du réseau Grandir Ensemble
Billy a appris sa séropositivité à l’adolescence. Pendant longtemps, il l’a vécue dans la honte et le silence, avec la peur d’être rejeté. Puis il a choisi de s’engager : pour soutenir d’autres jeunes, lutter contre les discriminations, encourager le dépistage, accompagner l’annonce, et rappeler qu’un diagnostic n’empêche ni de grandir, ni d’étudier. Son parcours raconte quelque chose de fondamental : l’accès à l’information et à un cadre bienveillant peut changer une trajectoire.
La Maison de la joie : un refuge, un avenir
Photo de groupe des orphelins du sida, aussi porteurs du VIH, hébergés et pris en charge par la Maison de la Joie
Au Burundi, la riposte communautaire, c’est aussi un engagement quotidien auprès des enfants. La Maison de la joie accueille des enfants orphelins du sida, eux-mêmes porteurs du VIH. Ces enfants y trouvent un cadre stable, un suivi médical, de la sécurité — et plus que tout, la possibilité de se projeter.
Prince, 9 ans : quand l'accompagnement sauve et construit
Le jeune Prince, 9 ans, recueilli à la Maison de la joie à ses six mois
Recueilli bébé, Prince vit aujourd’hui à la Maison de la joie. Il grandit entouré, protégé, accompagné dans son traitement et son développement. Son histoire rappelle l’importance de ces lieux pour les plus vulnérables : quand les soins sont continus et l’environnement sécurisant, la vie reprend ses droits.
Des jeunes pensionnaires de l’orphelinat dans leur chambre. De g. à d. Kenny, Prince et Divin.
Dans la cour de la maison, les enfants jouent en compagnie de Jeanne Gapiya Niyonzima et Nicole Batumubwira.
La santé communautaire : une réponse qui marche, un dispositif qu’il faut financer
La SID rappelle une réalité : le dépistage communautaire est un investissement décisif, parce qu’il permet un diagnostic plus précoce, réduit les contaminations et améliore l’accès aux soins — à condition que les associations aient les moyens de subsister.
En 2024, lors de la SID, la mobilisation coordonnée par Coalition PLUS avait rassemblé des centaines d’organisations dans des dizaines de pays, et permis de dépister des dizaines de milliers de personnes, avec une capacité réelle à orienter vers les soins quand les ressources existent.
Au Burundi, comme ailleurs, l’enjeu est désormais de protéger ces acquis : maintenir les équipes, garantir les intrants, sécuriser la chaîne de soins, et reconnaître pleinement le rôle de la paire-éducation dans les politiques de santé publique.



