Temps de lecture : 4 minutesC’est une première pour une association communautaire au Burkina Faso ! Après plusieurs années de plaidoyer auprès des institutions nationales de santé publique, REVS PLUS, membre burkinabè de Coalition PLUS, a réussi à acquérir une machine de charge virale qui permet de mesurer le succès d’un traitement chez les personnes vivant avec le VIH. La charge virale est la quantité de virus présents dans le sang. Chez une personne vivant avec le VIH, la mesure de la charge virale permet d’évaluer la sévérité de l’infection et l’efficacité des traitements qui lui sont proposés. Elle reste le seul moyen pour une personne sous traitement de savoir si sa charge virale s’est suffisamment réduite jusqu’à en devenir indétectable. Ce qui constitue une information extrêmement précieuse tant sur le plan individuel que collectif : une personne avec une charge virale indétectable ne transmet plus le virus, elle rompt la chaîne des transmissions, elle devient un rempart contre l’épidémie. En disposant d’une machine capable de mesurer la charge virale dans ses locaux depuis juin, REVS PLUS peut désormais apporter un suivi de haute qualité à sa file active. Les locaux de REVS PLUS à Bobo-Dioulasso. Crédit photo : Coalition PLUS, février 2019 Charge virale communautaire : une première au Burkina Faso ! Dans la plupart des pays, la mesure de la charge virale reste la prérogative exclusive des structures de santé publique. Au Burkina Faso, treize machines de charge sont gérées par le système public. Mais elles croulent la plupart du temps sous la demande. Conséquence : elles peinent à rendre les résultats des tests de charges virales dans les délais requis. Victor Somé, Directeur de REVS PLUS. Crédit photo : Coalition PLUS / Régis Samba Kounzi, 2018 « Cela fait huit mois que nous n’avons pas reçu les résultats des prélèvements que nous avons effectués et acheminés vers la structure qui couvre notre région. Or, ce long temps de retour met en danger la vie des personnes vivant avec le VIH puisqu’il ne permet pas un suivi efficace de leur santé. C’est pourquoi il était urgent d’acquérir une machine supplémentaire basée au plus près de notre file active », souligne Victor Somé, Directeur de REVS PLUS. Victor Somé Fondée en 1997 à Bobo Dioulasso et reconnue d’utilité publique en 2019, cette association communautaire membre de Coalition PLUS est pionnière dans la lutte contre le VIH au Burkina Faso et assure la prise en charge des personnes vivant avec le VIH depuis des décennies. Un plaidoyer fortement soutenu par Coalition PLUS Afin de rendre plus accessible le test de charge virale pour toutes les personnes vivant avec le VIH, REVS PLUS a intensifié son plaidoyer auprès des autorités du Burkina Faso pour autoriser les associations communautaires à réaliser le test de charge virale. Un plaidoyer qui a porté ces fruits au-delà des espérances de l’association puisque la nouvelle machine de charge virale servira non seulement à REVS PLUS mais également à cinq autres associations communautaires. D’un coût estimé à 49 000 euros, la machine a été financée par le Secrétariat Permanent du Conseil National de Lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles (SP/CNLS-IST). Si REVS PLUS a été sélectionnée pour assurer la gestion de cette 14e machine au Burkina Faso, c’est sans aucun doute au regard de sa longue et riche expérience dans la lutte contre le VIH. Mais, comme l’indique Victor Somé, l’appui technique et l’expertise qu’apporte Coalition PLUS ont également compté. « L’appartenance à Coalition PLUS nous a permis de professionnaliser et développer notre plaidoyer, ce qui nous a rendus encore plus crédibles auprès des institutions nationales. » Victor Somé Charge virale communautaire : plus de 4000 bénéficiaires en vue Avec cette machine, REVS PLUS et les cinq autres associations pourront réaliser de façon continuelle et très régulière le test de la charge virale pour leur file active. Au total, plus de 4000 personnes pourront faire mesurer leur charge virale. Des données qui par ailleurs viendront renforcer les indicateurs sur le plan national. Le Burkina Faso pourra mieux évaluer ses efforts dans l’atteinte d’un des objectifs stratégiques fixés par l’ONU d’ici à 2030 : 95% des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée. Pour réussir le pari de rendre le test de la charge virale accessible au plus grand nombre de personnes sous traitement, REVS PLUS mise sur la proximité de ses services auprès des bénéficiaires. « Nous comptons faire des descentes régulières sur le terrain avec notre clinique mobile pour être au plus près des bénéficiaires afin d’effectuer les prélèvements et les ramener dans notre laboratoire pour étude. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons toucher le plus de bénéficiaires possible », explique Victor Somé. Victor Somé « Ce n’est pas une compétition mais une complémentarité » Au Burkina Faso où 14% de la file active relève des associations communautaires, le directeur de REVS PLUS reste convaincu que seule une synergie d’actions entre le système de santé communautaire et le système de santé publique peut permettre d’atteindre l’élimination du VIH/sida. « Les structures communautaires restent pionnières en matière d’innovation auprès des personnes vivant avec le VIH. Ne pas les inclure dans les politiques de santé publique, c’est se priver d’un énorme atout. L’Etat seul ne peut pas tout faire et les associations communautaires non plus. Il faut se mobiliser ensemble pour pouvoir relever les défis dans le contexte de la santé et principalement dans la lutte contre le VIH », conclut Victor Somé. Victor Somé
Ukraine : 20 ans de lutte contre le VIH et les hépatites virales pour le réseau 100% Life
Temps de lecture : 5 minutesComme d’autres pays en Europe orientale et Asie centrale, l’Ukraine fait face à des épidémies de VIH et d’hépatites virales particulièrement actives. Depuis deux décennies, le réseau communautaire 100% Life se bat pour inverser cette tendance. Tour d’horizon des actions et victoires de cette organisation innovante, adhérente de Coalition PLUS depuis 2019. 100% LIFE, une organisation de premier plan en Ukraine Fondée en 2001, 100% Life est la plus grande organisation de patients-tes en Europe de l’Est et Asie centrale. A travers ses 24 bureaux régionaux, elle réunit aujourd’hui près de 500 militants-tes et 15 000 membres associés-es dans toute l’Ukraine. Dmytro Sherembei, Président de 100% Life, est lui-même un ancien usager de drogues. Il a découvert sa séropositivité au VIH à sa sortie de prison et a contribué à la création de l’organisation. “Il y a 20 ans, 100% Life, ce n’était que 7 militants-tes”, rappelle-t-il. “Ils et elles étaient tous-tes animés-es du même rêve : une Ukraine débarrassée du VIH, de la corruption et des dysfonctionnements du système de santé. A l’époque, cela semblait utopique. Mais nous n’avons jamais cédé face à l’adversité ! C’est pour cela que notre organisation existe toujours, deux décennies plus tard !” Dmytro Sherembei Fondée en 2001, 100% Life est la plus grande organisation de patients-tes en Europe de l’Est et Asie centrale. A travers ses 24 bureaux régionaux, elle réunit aujourd’hui près de 500 militants-tes et 15 000 membres associés-es dans toute l’Ukraine. Dmytro Sherembei, Président de 100% Life, est lui-même un ancien usager de drogues. Il a découvert sa séropositivité au VIH à sa sortie de prison et a contribué à la création de l’organisation. https://www.youtube.com/watch?v=BvJHf7vvODw&ab_channel=100%25LIFE Un partenariat stratégique pour Coalition PLUS “Au regard de la dynamique des épidémies de VIH et d’hépatites virales en Ukraine, et plus largement en Europe de l’Est et Asie centrale, il est aujourd’hui indispensable pour Coalition PLUS de renforcer ses partenariats dans la région pour construire une riposte efficace, par et pour les personnes affectées, infectées et vulnérables”, explique Ricardo Fernandes, administrateur de Coalition PLUS et directeur exécutif de GAT (Portugal). Ricardo Fernandes, administrateur de Coalition PLUS et directeur exécutif de GAT (Portugal) En 2019, Ricardo a pu se rendre en Ukraine afin d’examiner la demande d’adhésion de 100% Life à Coalition PLUS. « Nous avons été très impressionnés-es par l’influence du réseau« , se souvient-il. « C’est vraiment un partenaire indispensable pour le ministère de la Santé ukrainien. 100% Life possède également une forte expertise en matière d’utilisation des nouvelles technologies au service de la santé. Nous sommes donc très fiers-ères de compter cette organisation forte et originale parmi nos adhérents et de pouvoir combattre le VIH et les hépatites virales aux côtés de ses militants-tes !” Ricardo Fernandes, administrateur de Coalition PLUS et directeur exécutif de GAT (Portugal) 100% LIFE : un réseau de centres médicaux communautaires dans toute l’Ukraine 100% Life est active sur tout le territoire ukrainien, y compris dans le Donbass, zone de tensions depuis la révolution ukrainienne et l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. Ses bureaux régionaux proposent un éventail variés de services sociaux et de santé : dépistage du VIH, des hépatites et des IST, diagnostic de la tuberculose accompagnement médical et soutien psychosocial aide d’urgence, hébergement temporaire et réinsertion assistance juridique etc. Par ailleurs, depuis 2016, l’organisation développe, avec le soutien de l’Initiative, un réseau de centres médicaux ouverts à tous-tes. Après l’inauguration d’un premier centre médical à Kiev, 100% Life a ouvert trois autres structures à Poltava, Rivne et Tchernihiv. Ces centres sont uniques en leur genre en Ukraine. Créés par et pour les patients-tes, ils offrent un cadre de prise en charge sans discrimination, ni jugement, dans le plus strict respect des règles de confidentialité. Les personnes vivant avec le VIH et/ou une hépatite virale, mais aussi plus largement les personnes marginalisées, peuvent y consulter des médecins généralistes et spécialistes et s’y faire dépister, traiter et vacciner. Un combat acharné pour l’accès aux traitements du VIH et de l’hépatite C En 20 ans, 100% LIFE a obtenu des succès majeurs, notamment en matière d’accès aux traitements. Grâce à son combat acharné pour la transparence des marchés publics, l’organisation a contribué à une baisse drastique des coûts des médicaments contre le VIH. L’action de 100% Life pour encourager les fabricants de médicaments génériques à répondre aux appels d’offres publics a également ouvert la voie aux nouveaux traitements contre l’hépatite C à bas prix, et ce dès 2017. “Après la révolution en 2014, la communauté des patients-tes a joué un rôle moteur dans la transformation du système de santé ukrainien”, explique Dmytro Sherembei. “En trois ans, nous sommes passés de 50 000 personnes vivant avec le VIH sous traitement à 113 000, sans aucune augmentation du budget de l’Etat !” Dmytro Sherembei 100% Life : une riposte communautaire au VIH et aux hépatites virales innovante 100% LIFE, c’est aussi une organisation innovante, qui utilise les technologies numériques, mais aussi la formation et l’intelligence collective, pour mieux combattre le VIH et les hépatites virales. Par exemple, 100% LIFE a créé le premier portail ukrainien d’information sur le VIH. Le réseau a aussi développé l’application DataCheck, qui permet de gérer ses données médicales de manière rapide et sécurisée. Enfin, 100% LIFE a mis en place l’application HIV Test pour encourager la population à se faire dépister. En effet, en Ukraine, une personne vivant avec le VIH sur 3 ignore sa séropositivité. Grâce à cette application, les utilisateurs-rices peuvent évaluer leurs risques d’infection au VIH de manière intuitive et anonyme et trouver le centre de dépistage le plus proche. Mais l’innovation ne repose pas seulement sur l’utilisation des technologies. Le projet “School of Power” en est un exemple. Lancé en 2020, ce nouveau format éducatif a pour objectif de promouvoir l’inclusion des communautés dans les décisions de santé publique. Ainsi, plus de 150 militants-tes ont pu suivre une formation pour mieux connaître les rouages de l’Etat ukrainien. Grâce à ces connaissances, ils et elles pourront désormais identifier plus aisément les leviers à actionner
Covid-19 : la Plateforme Amériques-Caraïbes de Coalition PLUS demande l’accès équitable au vaccin !
Temps de lecture : 3 minutesPlus d’un an après le premier cas de COVID-19 dans les Amériques, la pandémie s’est répandue dans les 56 pays et territoires de la région. En février 2021, elle a tué plus d’un million de personnes et l’Organisation panaméricaine de la santé fait état de 47 millions de cas positifs confirmés. Aujourd’hui, la plateforme des Amériques et des Caraïbes (PFAC) de Coalition PLUS exprime son inquiétude quant au manque d’accès en temps voulu aux vaccins contre la Covid-19. Ces difficultés sont en particulier présentent chez les populations vulnérables et pour les personnes vivant avec le VIH. Télécharger la publication Une stratégie qui isole les pays les plus pauvres Les progrès techniques et scientifiques ont permis au monde de disposer de 6 vaccins dont l’utilisation a été approuvée. Toutefois, de nombreux pays peinent encore à accéder aux doses de vaccins contre la Covid-19. La majorité des pays développés ont mis en place une stratégie de distribution des vaccins bilatérale. Cette politique de distribution creuse les inégalités sociales et ne permet pas de lutter efficacement contre la progression du SARS-Cov-2. Aussi l’initiative prise par l’Organisation mondiale de la santé, le dispositif COVAX (ayant pour but d’assurer un accès équitable à 6 milliards de doses de vaccins pour les pays les plus pauvres) n’est pas suffisante pour répondre aux difficultés des pays pauvres. Seules 20% des populations vulnérables bénéficient de ces doses de vaccins. Ainsi, Une nouvelle stratégie de négociation collective est nécessaire pour stopper la progression de la Covid-19. Les médias internationaux estiment que la vaccination ne sera pas disponible pour la majorité de ces populations avant 2023. Par conséquent, cela met en danger les communautés, mais aussi l’efficacité de la réponse mondiale à la COVID -19. Covid-19 : une pandémie ne doit pas en cacher une autre Les associations de la PFAC constatent avec inquiétude que les systèmes de santé de leur région sont touchés et affaiblis. Des milliers de familles ont non seulement perdu des êtres chers, mais sont tombées dans le chômage et la pauvreté. Le manque d’accès aux services de protection et les inégalités se sont accrus. Ces facteurs augmentent le risque de contracter d’autres maladies telles que le VIH/sida, les IST et les hépatites virales. Agir collectivement pour protéger les populations La pandémie est loin d’être terminée. Il est nécessaire d’insister sur les mesures de protection, de prévention et de promotion de la santé. Des vaccins sûrs, efficaces, abordables et disponibles à temps constitueront une étape importante dans le contrôle de la transmission du virus. De plus, une distribution équitable des vaccins contribuera à la protection de l’ensemble de la population. Pour une réponse efficace et mondiale à la Covid-19 les gouvernements doivent repenser leur stratégie de manière collective Les organisations communautaires de la plateforme Amériques et Caraïbes demandent aux gouvernements : Des plans nationaux de vaccination pour la Covid-19 transparents. Des informations claires concernant les accords commerciaux avec les différentes multinationales pharmaceutiques et des indications sur les montants des investissements qui pourraient être alloués. Informer les stratégies de pharmacovigilance des vaccins et les autres processus de recherche pour surveiller l’efficacité des vaccins. Promouvoir des stratégies de communication et d’éducation pour informer le public de ses droits en matière de santé, des avantages de la vaccination, ainsi que de la sécurité et de l’efficacité du vaccin COVID-19. Renforcer les systèmes complets de reporting et de gestion de l’information. Encourager le dialogue et l’engagement avec les populations et la société civile pour comprendre les besoins et les contextes spécifiques dans lesquels vivent les communautés. Plaider et se positionner pour la suspension des brevets (exemption ADPIC) sur les vaccins contre le COVID-19. Mettre fin aux stratégies bilatérales pour permettre un accès libre et équitable à la santé Les organisations communautaires de la plateforme Les organisation communautaires de la PFAC unissent leurs forces pour améliorer la qualité de vie et l’accès à des soins de santé pour les personnes vivant avec le VIH, les populations clés. Mais aussi les personnes en situation de vulnérabilité et de risque élevé telles que les femmes, les enfants et les adolescents, les migrants et les personnes en situation de mobilité humaine, les populations autochtones et afro-descendantes, les personnes sans domicile fixe, les personnes âgées et les personnes vivant avec un handicap. La pandémie continuera à toucher ces populations si les États ne mettent pas en place une réponse commune qui inclut la garantie des droits de l’homme et à la santé dans toutes les politiques. Amériques et Caraïbes demandent aux gouvernements : Des plans nationaux de vaccination pour la Covid-19 transparents. Des informations claires concernant les accords commerciaux avec les différentes multinationales pharmaceutiques et des indications sur les montants des investissements qui pourraient être alloués. Informer les stratégies de pharmacovigilance des vaccins et les autres processus de recherche pour surveiller l’efficacité des vaccins. Promouvoir des stratégies de communication et d’éducation pour informer le public de ses droits en matière de santé, des avantages de la vaccination, ainsi que de la sécurité et de l’efficacité du vaccin COVID-19. Renforcer les systèmes complets de reporting et de gestion de l’information. Encourager le dialogue et l’engagement avec les populations et la société civile pour comprendre les besoins et les contextes spécifiques dans lesquels vivent les communautés. Plaider et se positionner pour la suspension des brevets (exemption ADPIC) sur les vaccins contre le COVID-19. « NOUS NOUS SOMMES AUSSI ENGAGÉS À LUTTER CONTRE LA PANDÉMIE COVID-19 ET AUJOURD’HUI, PLUS QUE JAMAIS, NOUS DEVONS REDOUBLER D’EFFORTS POUR METTRE FIN À L’ÉPIDÉMIE DE VIH/SIDA. » Coalition PLUS
Covid-19 : à Buenos Aires, les habitantes de l’hôtel Gondolin s’organisent face à la pandémie
Temps de lecture : 5 minutesSitué dans le quartier de Villa Crespo à Buenos Aires, l’hôtel Gondolin héberge une quarantaine de femmes trans. Certaines y habitent depuis plus de vingt ans, d’autres viennent tout juste d’intégrer la communauté. Dans cet espace autogéré, la solidarité n’est pas un vain mot. Avec le soutien de Coalition PLUS et de Fundación Huésped, son association membre en Argentine, les habitantes du Gondolin ont fait front, ensemble, pour combattre la COVID-19. L’hôtel Gondolin, un refuge pour les femmes trans L’histoire du Gondolin montre la force de la mobilisation communautaire. En 1996, l’hôtel appartient à un propriétaire peu scrupuleux, qui loue des chambres aux travailleuses du sexe trans au double de leur prix, sans pour autant entretenir son bien. Sale, envahi par les rats, l’hôtel menace de s’effondrer et son système électrique devient un danger de chaque instant pour les habitantes. Excédées, elles portent plainte auprès des autorités, qui déclarent la fermeture administrative des lieux. Mais les femmes du Gondolin, stigmatisées et discriminées en raison de leur identité de genre, n’ont nulle part où aller. Elles décident donc de rester, chassent le propriétaire et s’approprient l’hôtel, qu’elles rénovent pour le rendre à nouveau habitable. Ensemble, elles mettent en place un système d’autogestion, avec leurs propres règles de cohabitation. Depuis 2015, les habitantes du Gondolin se sont constituées en association. Solange en est la trésorière. “Nous accueillons des femmes trans de tous horizons, explique-t-elle. “Actuellement, 40 femmes logent à l’hôtel. Certaines viennent d’autres pays, d’autres de provinces plus conservatrices d’Argentine. Toutes sont à la recherche d’une vie meilleure. Au Gondolin, nous les soutenons dans la réalisation de leurs objectifs scolaires et professionnels, mais aussi dans l’affirmation de leur genre.” Une communauté solidaire et réactive face à la Covid-19 Lorsque la pandémie de COVID-19 a submergé Buenos Aires, les habitantes du Gondolin se sont organisées pour réduire l’impact de la crise sur leur communauté. En effet, la plupart d’entre elles exercent le travail du sexe et ne pouvaient donc pas poursuivre leur activité pendant la période de confinement. Afin de compenser leurs pertes de revenus, la communauté a notamment pu faire appel au fonds d’urgence de Coalition PLUS, à travers son association membre en Argentine, Fundación Huésped. Ce financement a permis d’assurer la livraison de denrées alimentaires, d’ustensiles de cuisine et de produits d’hygiène. “Pour que les filles puissent couvrir leurs dépenses, tout en respectant le confinement, nous avons décidé de gérer collectivement certaines prestations d’aide sociale”, raconte Solange. “Mais cela n’a pas suffi à éliminer totalement les risques d’infection au coronavirus, car nous sommes nombreuses à vivre au Gondolin. Alors, quand certaines des filles ont commencé à montrer des symptômes de la COVID-19, nous avons contacté les autorités sanitaires de la ville pour demander un dépistage à domicile. Comme la majorité d’entre nous étaient positives au coronavirus, l’hôtel est devenu notre lieu d’isolement.” Covid-19 : des interventions adaptées aux besoins des femmes trans en période de confinement Pendant le confinement, de nouvelles demandes d’interventions ont émergé au sein du Gondolin. Coalition PLUS et Fundación Huésped se sont mobilisées pour y répondre. Par exemple, avec le soutien de Coalition PLUS, Fundación Huésped a organisé un atelier virtuel, afin d’informer les habitantes de l’hôtel sur la COVID-19. Des supports de communication ont également été réalisés, afin de les sensibiliser aux gestes barrières contre le virus. “C’était une période d’incertitude, les filles avaient peur de ce qui pouvait leur arriver après un test positif à la COVID-19. L’atelier virtuel organisé par la Fundacion Huesped a permis de les rassurer”, affirme Solange. Grâce à l’appui de Coalition PLUS, Fundación Huésped a en outre pu poursuivre ses actions de prévention en santé sexuelle au sein de l’hôtel. Ainsi, plusieurs sessions d’information à distance ont pu avoir lieu, sur des thématiques aussi variées que les traitements hormonaux, la santé anale, ou encore la prévention du VIH et des IST (infections sexuellement transmissibles). Enfin, Coalition PLUS et Fundación Huésped ont mis en place des services de santé à domicile pour toutes les femmes résidant au Gondolin. “Dans le respect des mesures sanitaires, nous avons organisé une campagne de vaccination contre la grippe sur place, à l’hôtel. Les filles ont aussi pu se faire dépister pour le VIH et la syphilis et bénéficier d’une prise en charge adéquate en cas de test positif”, précise Solange. La santé mentale des femmes trans, une priorité pendant la crise sanitaire Dans un contexte de crise anxiogène et générateur de conflits, préserver la santé mentale de chaque résidente était essentiel pour garantir la qualité de vie de toute la communauté. “Le confinement a duré 7 mois à Buenos Aires et la crise sanitaire a durement affecté les habitantes du Gondolin. Lorsqu’elles sortaient travailler, elles craignaient d’être infectées par la COVID-19. Lorsqu’elles restaient confinées, à 40 dans un espace restreint, des conflits pouvaient vite éclater, d’autant qu’elles s’ennuyaient et avaient besoin de divertissement. Avec le soutien de Coalition PLUS, nous avons donc produit des histoires courtes, des jeux, et d’autres contenus pour qu’elles puissent se changer les idées et renforcer leurs relations”, indique Inès Aristegui, Responsable de la recherche communautaire à Fundación Huésped. Par ailleurs, dans le cadre d’une étude soutenue par Coalition PLUS, Fundación Huésped a conçu, avec le concours de promotrices de santé trans, un dispositif de soutien psycho-social à distance. “A travers ces interventions à distance, nous souhaitons donner aux femmes trans les outils nécessaires pour prendre en charge leur propre santé. La clé, c’est de combattre la stigmatisation, qu’elle provienne de l’extérieur ou qu’elle soit internalisée”, développe Inès Aristegui. “Si, après cette étude, nous constatons que ce dispositif est efficace, notre objectif est de le déployer plus largement. En raison de son format virtuel, il pourrait être répliqué à l’échelle nationale et ainsi bénéficier à un plus grand nombre de femmes trans.” Les femmes trans en Argentine : des défis de santé spécifiques Depuis 2012, la loi sur l’identité de genre permet de changer d’état civil sans condition. Pourtant, la stigmatisation et les discriminations transphobes persistent en Argentine. Mais bien que la loi garantisse un accès gratuit au traitement
Hakima Himmich, Présidente de Coalition PLUS : « Les communautés sont les grandes oubliées dans la crise de la COVID-19 »
Temps de lecture : 5 minutesDu 8 au 11 novembre 2020, Coalition PLUS s’est mobilisée pour la 10ème édition de la Conférence Internationale Francophone VIH/Hépatites/Santé sexuelle/COVID-19 de l’AFRAVIH. A cette occasion, notre Présidente Hakima Himmich a été invitée à intervenir en ouverture de l’événement. Nous vous partageons ici son discours en intégralité. COVID-19, VIH, hépatites : le respect des droits fondamentaux est la clé « Chers collègues, chers partenaires, chers amis, Merci aux organisateurs de me donner la parole en plénière d’ouverture de la 10ème conférence internationale francophone AFRAVIH. Cette conférence est un rendez-vous immanquable pour nous, acteurs et actrices communautaires, unis-es au sein des réseaux de Coalition PLUS déployés sur les continents européen, africain, américain et asiatique. Grâce au partenariat privilégié entre Coalition PLUS et l’AFRAVIH, la voix de ses acteurs résonnera encore plus fort lors de cette conférence. Merci à l’AFRAVIH pour la décision qui a été prise d’organiser la conférence en ligne, malgré les défis et les difficultés que cela implique. Cela nous permet d’entretenir les liens qui nous unissent et cela nous donne l’occasion de rappeler que la démarche communautaire que nous portons auprès des instances onusiennes, comme des gouvernements nationaux, est indispensable pour atteindre les objectifs mondiaux d’élimination du VIH / sida et des hépatites virales. Ces objectifs ne seront pas atteints tant que les droits fondamentaux des personnes infectées, affectées et vulnérables ne seront pas respectés, tant que la stigmatisation, les discriminations et les inégalités d’accès à la santé subsisteront. Cela vaut pour le VIH, les hépatites virales, mais aussi, dans une certaine mesure, pour la récente pandémie de COVID-19. Pour l’ONUSIDA, de nombreuses formes de stigmatisation et de discriminations sont apparues dans le contexte de cette pandémie. » Hakima Himmich, ancienne présidente de Coalition PLUS COVID-19 : en parler à la première personne « A propos de la COVID-19, estimant qu’on a besoin, dans cette infection comme dans le VIH, de pouvoir en parler à la première personne, Vincent Pelletier a tellement insisté qu’il m’a convaincue de témoigner de mon vécu à cette tribune. Fin août, par négligence de ma part, nous avons été contaminés, mon mari et moi, par le SARS-CoV-2. Ma première réaction a été la honte que cela m’arrive à moi, infectiologue, qui plus est présidente d’une coalition prônant la prévention et la réduction des risques. Je l’ai vécu comme un échec personnel. J’étais inquiète pour tous ceux avec qui j’avais été en contact. Quel soulagement que tous aient été testés négatifs ! J’étais culpabilisée et angoissée d’avoir contaminé Mohamed, mon mari, 75 ans et avec des facteurs de risque. Cette culpabilité, mon inquiétude pour lui ont été tellement prégnants que franchement, je n’ai pas eu l’occasion de me préoccuper de moi. Bien que les deux situations soient très différentes, cela m’a rappelé les personnes à qui je faisais l’annonce d’une séropositivité au VIH et dont souvent la première réaction était, « Mon Dieu, j’espère que je n’ai pas contaminé ma femme, mon compagnon », et qui vivaient cette pseudo-culpabilité avec difficulté. Tout au long de cette épreuve, Mohamed et moi avons bénéficié d’une prise en charge exceptionnelle pour le Maroc. A commencer par le résultat du test PCR en quelques heures. Les premiers jours, nous nous sommes isolés chez nous, où nous étions suivis par mon collègue, le Pr Sodqi, que je ne remercierais jamais assez. Nous avions des symptômes sans gravité (asthénie, anorexie, fièvre), mais j’attendais avec angoisse le 11ème, 12ème jour. Et cela n’a pas raté. Notre état s’est aggravé, moi modérément, Mohamed sérieusement, nécessitant une hospitalisation au Service de Maladie Infectieuse du CHU de Casablanca, où nous avons bénéficié des avancées thérapeutiques tirées de l’expérience de la première vague de la COVID-19 : traitement anticoagulant, dexaméthasone, et surtout, concernant Mohamed, les réanimateurs avaient conscience qu’il fallait tout faire pour éviter l’intubation. Après 12 jours d’hospitalisation, des moments très difficiles, des nuits à surveiller avec angoisse la saturation en oxygène, nous avons pu quitter l’hôpital. » Hakima Himmich, ancienne présidente de Coalition PLUS Pandémies : l’apport des structures communautaires « Aujourd’hui, nous allons bien et nous avons repris nos activités. Cette issue favorable, nous la devons aux conditions exceptionnelles de prise en charge dont nous avons bénéficié, conditions auxquelles, j’en ai conscience, mes compatriotes n’ont pas accès. Certes, grâce à un fonds spécial COVID, la prise en charge de cette infection est gratuite pour tous, et le ministère de la Santé a investi dans l’aménagement et l’équipement d’unités dédiées à la COVID-19, mais la prise en charge est loin d’être optimale. Les Marocains redoutent l’hospitalisation et arrivent souvent trop tard à l’hôpital. Là aussi, je ne pouvais m’empêcher de penser à tout ce que l’ensemble de nos structures communautaires dans les différents pays apportent en matière de prise en charge des personnes vivant avec le VIH, et de me dire qu’il était nécessaire d’avoir des structures communautaires complémentaires au système de santé classique, dans tous les pays, pour faire face à toute épidémie, à toute crise sanitaire. Il est évident que nous ne touchons pas les mêmes publics, que dans les contextes de crise sanitaire comme celle que nous traversons les populations les plus vulnérables voient leur accès au soin se réduire, et qu’il est d’autant plus nécessaire d’avoir une présence forte auprès des plus marginalisés. Cela n’est pas le cas dans la mobilisation contre la pandémie de COVID-19, où les communautés ont été les grandes oubliées, que ce soit en France ou dans les pays du Sud. En France, le Professeur Jean-François Delfraissy, Président du Conseil scientifique COVID-19, a regretté que le gouvernement ne l’ait pas entendu lorsqu’il a recommandé l’implication des associations. Au Maroc, l’ALCS a soumis au Ministère de la Santé un plan d’action sur l’implication des associations dans la riposte à la COVID-19. A ce jour, il n’a pas été donné suite à ce plan. » Hakima Himmich, ancienne présidente de Coalition PLUS COVID-19 : un fonds d’urgence pour faire face à la crise « Pourtant, face à la COVID-19, notre démarche communautaire a démontré sa pertinence,
L’Essentiel 2019
Temps de lecture : < 1 minuteLabellisée Don en confiance, Coalition PLUS réalise chaque année un Essentiel, afin de donner au public une information claire et synthétique sur notre organisation, son action et l’utilisation de ses fonds. Télécharger l’Essentiel 2019 de Coalition PLUS
COVID-19/SIDA: Coalition PLUS crée un fonds d’urgence pour assurer le maintien des soins dans 45 pays
Temps de lecture : 3 minutesCommuniqué de presse- Dakar, 20 juillet 2020 Face à la crise sanitaire mondiale liée à la COVID-19, Coalition PLUS, réseau international de lutte contre le VIH/sida et les hépatites virales, a mobilisé en un temps record 1,4 million d’euros en fonds d’urgence. Objectif : aider une cinquantaine d’associations membres et partenaires implantées dans 45 pays à adapter leurs services afin de répondre aux besoins vitaux des personnes vivant avec le VIH et des communautés fortement vulnérables au VIH. C’est en comptant sur l’engagement de nos partenaires techniques et financiers comme l’AFD, Expertise France, Unitaid, Fonds Robert Carr et en mobilisant des fonds propres que nous sommes parvenus dès le mois de mars à lancer un fonds d’urgence au profit de nos associations membres et partenaires qui ont dû faire face à des défis inédits avec l’apparition de la COVID-19. Comme le signale l’ONUSIDA dans un communiqué publié le 6 juillet « la pandémie de la COVID-19 a lourdement perturbé la riposte au sida et pourrait continuer sur sa lancée. En Afrique subsaharienne, le bilan pourrait être particulièrement lourd : une interruption totale de six mois du traitement contre le VIH entraînerait plus de 500 000 morts supplémentaires en 2020-2021 ». Pour éviter le pire, notamment une surmortalité parmi les personnes infectées au VIH, nous devions agir vite et nous l’avons fait avec un impact concret surtout dans les pays où les autorités n’ont pas mis en place des services sociaux adéquats pour les populations les plus marginalisées et discriminées. Assurer la continuité des préventions et traitements malgré la COVID-19 Dès le mois d’avril, nos associations ont pu bénéficier de notre fonds d’urgence pour assurer la continuité de leurs activités sur le terrain. Grâce à notre fonds d’urgence nos associations fournissent à leurs personnels soignants des masques, visières de protection, gel-hydroalcoolique et gants, afin de poursuivre les actions de sensibilisation non seulement sur le VIH mais aussi sur la COVID-19. Mieux encore, dans un contexte où les mesures de restriction de mobilité (confinement, couvre-feu…) et la peur d’une co-infection empêchent les personnes vivant avec le VIH de se déplacer vers les centres de soins, elles ont livré des stocks d’antirétroviraux et de médicaments contre les maladies opportunistes* directement au domicile des patients. En Amérique du Sud, nos associations ont eu recours à la télémédecine pour être plus proches et accompagner psychologiquement les bénéficiaires tandis que dans l’Océan Indien, nos membres ont pu continuer la distribution de seringues et autres programmes de réduction de risques auprès des usagers-ères de drogues pour diminuer les risques de nouvelles infections. Répondre aux besoins élémentaires des personnes prises en charge Au-delà des programmes de lutte contre le VIH, le fonds d’urgence de Coalition PLUS a permis à nos associations membres de soutenir les personnes infectées ou affectées par le VIH. Elles ont distribué des kits d’hygiène afin que les populations soient en capacité de se protéger de la COVID-19 et des kits alimentaires pour leur permettre de subvenir à leurs besoins vitaux. Dans certains cas, comme en Colombie ou au Burundi, ce fonds a également servi à prendre en charge le logement des personnes vivant avec le VIH qui ont perdu leur emploi à cause du confinement ou à prendre en charge la facture d’hospitalisation de certains patients infectés par la covid-19. « A l’ANSS, nous n’aurions pas pu jouer le rôle qui a été le nôtre sans ce fonds d’urgence qui a permis de subvenir aux besoins les plus élémentaires des personnes vivant avec le VIH et des populations clés. Il ne suffit pas de dire aux populations de se laver les mains alors qu’ils n’ont pas de quoi se payer de l’eau ou du savon. Il faut leur donner les moyens de mettre en pratique ces consignes et c’est ce que nous avons pu faire avec le fonds d’urgence de Coalition PLUS », explique Jeanne Gapiya présidente de l’ANSS[1], association membre de Coalition PLUS basée au Burundi.
L’Essentiel 2018
Temps de lecture : < 1 minuteLabellisée Don en confiance, Coalition PLUS réalise chaque année un Essentiel, afin de donner au public une information claire et synthétique sur notre organisation, son action et l’utilisation de ses fonds. Télécharger l’Essentiel 2018 de Coalition PLUS
Rapport d’activité 2018 : contre les inégalités, la solidarité
Temps de lecture : 3 minutesL’année 2018, qui marquait les 10 ans d’existence de Coalition PLUS, a été particulièrement intense. Les grandes conférences internationales nous ont réunis autour de thématiques aussi urgentes et essentielles que la démédicalisation et l’accès aux droits et à la santé des personnes usagères de drogues. A l’occasion de notre premier Congrès, nous avons aussi pris le temps de la réflexion, afin de tirer les leçons de la décennie passée et de définir ensemble les perspectives de la lutte mondiale contre le VIH/sida et les hépatites pour les années à venir. Tous ces événements ont été autant d’opportunités pour nos militants-es de débattre, d’échanger des bonnes pratiques et de mutualiser leurs expertises pour, ensemble, trouver les mécanismes et solutions innovantes qui mettront fin au sida d’ici 2030. Nos combats pour la démédicalisation et contre la « guerre aux drogues » Ainsi, à la Conférence de l’AFRAVIH à Bordeaux, sous le mot d’ordre « Démédicalisons ! », nous avons défendu le rôle majeur des communautés dans l’accès au dépistage et à la prise en charge, en lien avec les médecins et les systèmes de santé. En effet, face à la pénurie de médecins au Sud et face à l’exclusion qui fait le lit de l’épidémie, les agents communautaires apportent une contribution indispensable à la lutte. Nous militons pour que celle-ci soit, enfin, reconnue à sa juste valeur. A Amsterdam, lors de la Conférence internationale sur le sida AIDS 2018, notre union s’est jointe aux nombreux activistes dans le monde qui luttent pour le respect des droits fondamentaux des personnes usagères de drogues. A travers notre campagne « Just say no to the war on drugs », nous avons dénoncé la guerre aux drogues qui sévit dans de nombreux pays. Coûteuse et inefficace, cette politique absurde exclut et tue, directement et indirectement, des milliers de personnes chaque année. Pour combattre le VIH et les hépatites virales, nous devons impérativement y mettre fin. Notre légitimité, nous la devons à notre travail sur le terrain Ces combats vitaux, nous les portons avant tout sur le terrain, avec les personnes infectées, affectées ou particulièrement vulnérables au VIH et aux hépatites, dans l’ensemble de nos activités. Ainsi, nos Plateformes de coopération Sud-Sud continuent de se renforcer et poursuivent leurs activités de prévention, dépistage et prise en charge auprès des populations-clés avec succès. Dans les pays, nos activités de recherche communautaire et de plaidoyer ne cessent de prendre de l’ampleur et nous donnent une légitimité inégalée, à la fois dans nos relations avec les institutions et auprès des militants-es et alliés-es. Loin de nous reposer sur nos acquis, nous continuerons de défendre nos convictions Mais nous ne pouvons pas nous reposer sur nos acquis : à quelques mois du bilan des objectifs 90-90-90-0 fixés par la communauté internationale pour 2020, le nombre de personnes qui meurent du sida ne baisse plus, alors même que les traitements antirétroviraux n’ont jamais été aussi efficaces, simples et peu chers. Les inégalités se creusent et faute de moyens suffisants pour renforcer les systèmes de santé, les populations-clés sont souvent laissées-pour-compte. Nous le réaffirmons : les communautés les plus touchées par le VIH ont toute leur place dans la riposte contre l’épidémie et Coalition PLUS défendra cette conviction jusque dans les plus hautes instances. Enfin, dans un monde où le repli sur soi gagne du terrain, notre mouvement solidaire reste fidèle à sa mission : créer des interconnexions, au-delà des barrières linguistiques, géographiques, sociales et culturelles. Sans cette solidarité, l’accès à la prévention et au soin restera le privilège de quelques-uns, au lieu de bénéficier à tous-tes, sans distinction. Cette mission, nous ne pourrions la mener à bien sans le soutien des donateurs-rices, partenaires et alliés-es, à qui j’exprime ici toute ma gratitude. J’adresse aussi mes remerciements à la direction générale de Coalition PLUS et à l’ensemble des équipes pour leur travail déterminant dans ces années charnières. Surtout, je voudrais assurer nos militants-es, qui font la force de notre mouvement et lui donne son sens, de toute mon amitié et ma solidarité. Je télécharge le rapport d’activités
Combattre l’homophobie pour vaincre le sida : une urgence !
Temps de lecture : 4 minutesEn Afrique comme dans de nombreuses régions du monde, l’homophobie fait des ravages et a pour effet pervers d’entraver l’accès au dépistage du VIH et aux traitements antirétroviraux. Au Cameroun, la situation est particulièrement inquiétante : près de la moitié de la communauté gay est infectée au VIH et les violences LGBTI s’aggravent comme le démontre le Rapport annuel 2018 « Ignorance ». A l’occasion du 17 mai, Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, nous rappelons qu’il est urgent d’agir en augmentant les financements internationaux alloués à la défense des droits des personnes LGBTI et à leur santé. « On ne veut pas le diable à la maison », « je vais te tuer si t’arrêtes pas tes pratiques sataniques », « on va en finir avec toi, on veut pas de pédés dans le quartier », « à l’hôpital, on soigne les malades pas les homosexuels ! » Ces paroles homophobes d’une violence extrême ont été rapportées par les victimes elles-mêmes, puis vérifiées et analysées par des associations camerounaises de lutte contre le sida, Humanity First Cameroon et Alternatives Cameroun, qui publient chaque année depuis 2014 un rapport sur les violences et les violations des droits des minorités sexuelles dans leur pays. Or, dans cet Etat africain qui criminalise l’homosexualité [1], le Rapport 2018 [2] est particulièrement alarmant. 1 134 cas de violences et violations de droits des LGBTI ont été répertoriées contre 578 en 2017 : 3 assassinats, 204 cas de violences physiques, 152 discours de haine, 198 extorsions, arnaques ou chantages, 60 arrestations et détentions arbitraires. « Bien qu’elles soient perçues comme banales dans la société camerounaise, ces violences sont inacceptables non seulement au nom de la sécurité des personnes et du respect des droits humains mais aussi dans un souci de santé publique », s’indignent Jean-Paul Enama, Directeur exécutif de Humanity First Cameroon et Franz Mananga d’Alternatives Cameroun. En effet, ces violences poussent les personnes LGBTI dans la clandestinité et les empêchent d’accéder aux services de prévention et de soins dont elles ont besoin. Résultat, 37,2% des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes au Cameroun vivent avec le VIH [3]. A Yaoundé, la capitale, le taux de prévalence du VIH chez les HSH grimpe à 44,3% [4]. Selon les données disponibles, c’est la communauté gay la plus touchée au monde après les Mauritaniens (44,4%) et les Sénégalais (41,9%) [5]. Mais le sida n’est pas une fatalité même pour ces populations extrêmement vulnérables. Aujourd’hui nous savons que la mise en place de services de santé sexuelle adaptés aux besoins des communautés LGBTI et à leurs réalités de vie permettent de faire reculer l’épidémie. L’ONUSIDA estime d’ailleurs que 16 millions d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes en auraient besoin au niveau mondial dans l’objectif de mettre fin au sida d’ici à 2030. Aussi, nous, Coalition PLUS, Alliance globale des communautés pour la santé et les droits (AGCS PLUS), Humanity First Cameroon et Alternatives Cameroun, appelons à une hausse des financements internationaux contre le VIH/sida à l’occasion de la Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme qui se tiendra à Lyon le 10 octobre prochain. L’objectif est de lever au moins 14 milliards de dollars pour soutenir la riposte mondiale non seulement contre le sida mais aussi contre la tuberculose et le paludisme sur les trois prochaines années (2020-2022) [6]. « Nos espoirs reposent sur le Fonds mondial, la seule institution internationale qui finance l’accès à la prévention, aux soins et aux droits pour les populations les plus vulnérables au sida,même dans les pays où elles sont criminalisées. On ne pourra pas développer ces programmes indispensables pour en finir avec l’épidémie sans financements supplémentaires », alerte Hakima Himmich, Présidente de Coalition PLUS. A propos A propos du 17 mai. Depuis 2005, la Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie (IDAHOT) se déroule chaque 17 mai, en référence au retrait le 17 mai 1990 de l’homosexualité de la liste des maladies mentales éditée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). A propos de Coalition PLUS. Créée en 2008, Coalition PLUS est un réseau international d’associations de lutte contre le VIH et les hépatites engagées dans l’atteinte des objectifs fixés par l’ONU. En impliquant pleinement les communautés les plus vulnérables au VIH/sida et aux hépatites, Coalition PLUS intervient dans 40 pays et auprès d’une centaine d’organisations. Ses valeurs : respect de la diversité et du non-jugement, solidarité, innovation. A propos de l’Alliance globale des communautés pour la santé et les droits (AGCS PLUS). Au sein de Coalition PLUS, l’Alliance globale des communautés pour la santé et les droits (AGCS PLUS) regroupe des associations identitaires basées en Afrique luttant contre le VIH. A propos de Humanity First Cameroon. C’est une association camerounaise, basée à Yaoundé, de lutte contre les IST, le VIH/Sida, de promotion et de protection des droits humains dans leur intégralité qui travaille prioritairement pour les minorités sexuelles victimes d’exclusions sociales et discriminées sur la base de leur orientation sexuelle. Elle dispose d’un centre de santé sexuelle qui s’occupe en priorité des minorités sexuelles. A propos d’Alternatives Cameroun. Créée en 2006 à Douala, Alternatives Cameroun est l’Association pour la Liberté, la Tolérance, l’Expression et le Respect des personnes de Nature Indigente ou Victimes d’Exclusions Sociales. Elle milite pour le respect des droits Humains, apporte du soutien et de l’assistance aux victimes de violences basées sur l’orientation sexuelle et /ou l’identité de genre. Elle intervient conjointement dans le domaine de santé, en gérant un centre médical communautaire qui assure des services d’accueil, d’écoute, d’information et de prise en charge du VIH, IST et hépatites. Notes [1] Le Cameroun fait partie des 72 pays dans le monde qui criminalise les rapports sexuels entre personnes du même sexe. L’article 347.1, du nouveau code pénal camerounais punit d’une peine allant jusqu’à 5 ans de prison, « toute personne qui a des relations sexuelles avec une personne de son sexe ». L’article 83 de la loi portant sur la cybercriminalité et cyber sécurité punit d’une peine allant jusqu’à deux ans, « toute personne qui à travers des technologies de la communication, fait