« A Maurice, le poids des préjugés sur le sida est énorme ! »

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En 2014, 322 nouveaux cas de sida ont été répertoriés à l’île Maurice. Rachel Constantin est la secrétaire du conseil d’administration de PILS, une association mauricienne de lutte contre le sida créée en 1999 et membre de Coalition PLUS. Elle dénonce le poids des préjugés qui continuent de stigmatiser les personnes infectées et affectées par le VIH/sida.

Rachel Constantin fait partie de ces femmes qui incarnent la lutte contre le VIH/sida et que Coalition PLUS a choisi de mettre à l’honneur suite à la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars.

Quel est votre parcours et comment est né votre engagement dans la lutte contre le sida ?

Formée dans le domaine de la communication, j’ai travaillé dans le secteur privé avant de devenir bénévole chez PILS. Je suis tombée dans la lutte contre le sida un peu par hasard. En 1994, les premiers cas de sida commençaient à apparaître sur l’île. Je n’étais pas du tout sensibilisée. J’ai croisé en 1996 Nicolas Ritter (directeur et fondateur de PILS, association de lutte contre le Sida à Maurice), et j’ai commencé à m’intéresser à la question pour intégrer en 1997 la première équipe d’écoutants de Sida-Info Maurice. Je n’ai jamais décroché depuis. J’ai été présidente de PILS jusqu’en 2015 et suis actuellement secrétaire du conseil d’administration. Je me sens aujourd’hui fondamentalement partie prenante de la lutte. PILS fait partie de ma vie depuis vingt ans.

Quel avenir envisagez-vous à ce combat ?

On sait aujourd’hui, preuves scientifiques à l’appui, qu’une personne dépistée, traitée et maintenue dans le continuum de soins ne transmet plus le virus. Partant de là, on sait que l’épidémie peut être stoppée, au moins freinée de manière considérable.

Ce qu’il manque : les moyens. Parce qu’il faut encore beaucoup d’argent pour arriver à dépister, traiter et maintenir dans le soin les populations habitant les zones les plus reculées du monde.

Mais au-delà des fonds, il manque également LA VOLONTE des gouvernements ! A Maurice, la collaboration entre l’Etat et la société civile est en régression. La lutte aux niveaux régional et national reste encore engluée dans la discrimination, la stigmatisation et les tabous.

Quelle est la place des femmes dans lutte aujourd’hui à Maurice ?

Le monde de la lutte contre le sida à Maurice n’est définitivement pas masculin. Même si les figures de proue sont des hommes, le rôle des femmes est prépondérant, mais paradoxalement, très en retrait. Il y a pourtant énormément de femmes dans la lutte à Maurice qui font bouger les choses, à tous les niveaux. L’implication des femmes dans la cause est extrêmement importante. Elles restent en revanche beaucoup dans l’ombre quand il s’agit de parler en tant que femmes vivant avec le VIH. Nous sommes dans une île et le poids de la stigmatisation et des préjugés est encore énorme.

A Maurice, l’épidémie en chiffes :

–          En 2014, on dénombre 6 090 personnes vivant avec le VIH

–          4 716 sont des hommes, 1374 sont des femmes

–          115 décès liés au VIH ont été notifiés

–          322 nouvelles infections ont été dénombrées en 2014. 190 concernent des hommes, 132 des femmes

Dans le monde :

–          En 2014, 36.4 millions de personnes étaient atteintes du VIH et 2 millions nouvellement infectées

–          Le sida reste la première cause de mortalité chez les femmes de 15 à 44 ans

–          Au total, 7 000 filles de 10 à 24 ans sont infectées chaque semaine par le VIH

Sources : ONUSIDA et Fonds Mondial

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