Drogues : lancement de salles de consommation à moindre risque (SCMR) à Lisbonne (Portugal)

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Luís Mendão, Président de GAT, signe le protocole de coopération pour la mise en oeuvre d'une SCMR mobile avec le Conseil municipal de Lisbonne, représenté par Isabel Bandos. Crédit : GAT

Une avancée historique pour l’accès aux droits et à la santé des personnes usagères de drogues au Portugal. 18 ans après l’entrée en vigueur de la loi décriminalisant la consommation de toutes les drogues, le conseil municipal de Lisbonne a approuvé pour la première fois en novembre 2018 un dispositif de salles de consommation à moindre risque (SCMR). Dans ce cadre, GAT, membre de Coalition PLUS, coordonnera un projet de SCMR mobile, aux côtés de Médecins du Monde. Ainsi, dès ce premier trimestre 2019, une camionnette ira à la rencontre des usagers-ères de drogues sur les lieux de consommation, notamment en centre-ville.

Un projet pilote pour répondre aux besoins des usagers-ères de drogues à Lisbonne

Déjà adoptées ou expérimentées dans 8 pays d’Europe, sur près d’une centaine de sites, les SCMR deviendront en 2019 une réalité au Portugal. Dès 2015, la mairie de Lisbonne avait en effet identifié un besoin de mettre en oeuvre des SCMR, en complément du réseau de services de Réduction des Risques (RdR) déjà existant.

Le projet a pris forme suite aux dernières élections, en 2017 : le gouvernement local a ainsi inscrit l’installation de trois SCMR à son programme pour la ville. Il a ensuite sollicité quatre ONG, dont GAT, pour conduire une évaluation des besoins des usagers-ères. Concrètement, les associations ont réalisé une cartographie des lieux de consommation de drogue et mené une consultation des personnes usagères de drogues et des parties prenantes. Elles ont également construit des partenariats locaux pour faciliter l’acceptabilité du projet et mis en place des activités de formation et de renforcement des capacités.

Trois SCMR en centre-ville et en périphérie

Sur la base de ce travail préliminaire, la mairie de Lisbonne se prépare aujourd’hui à installer trois SCMR. Deux salles fixes ouvriront à Lumiar, au Nord de la capitale, et à Alcantara, une ancienne zone industrielle devenue l’un des quartiers les plus animés de Lisbonne. Par ailleurs, GAT et Médecins du Monde co-coordonneront un projet de SCMR mobile. Ainsi, une camionnette circulera en centre-ville et aux abords d’un site de consommation à ciel ouvert, à l’Est de la ville. Dans un premier temps, les SCMR fonctionneront dans le cadre d’un projet pilote, conformément à la loi en vigueur. Ainsi, les acteurs associatifs mèneront des recherches en parallèle afin d’évaluer, dès la fin de cette année, l’efficacité et l’acceptabilité du dispositif. Au total, les trois SCMR toucheront au moins 1400 personnes usagères de drogues injectables.

Manuel Grilo, Conseiller municipal de Lisbonne (Bloc de gauche) : “En travaillant avec les populations les plus vulnérables, nous agissons aussi, indirectement, sur la santé publique, avec un impact sur les communautés environnantes et la ville toute entière.  […] [Les SMCR] constituent une réponse pragmatique à une réalité qui existe dans différents quartiers de notre ville. C’est un projet ambitieux et complexe […]. Un phénomène complexe [comme la consommation de produits psychoactifs] demande des réponses complémentaires. Cela ne ferait pas sens de travailler sur la RdR – y compris à travers les SCMR – sans prévention, traitement et inclusion sociale. Aujourd’hui est un jour historique et nous devrions tous-tes être fiers-ères de participer à ce processus.”

Adriana Curado, co-coordinatrice de la SCMR mobile pour GAT : “Nous allons poursuivre notre plaidoyer et notre travail de recherche pour pérenniser les SCMR à Lisbonne”

Co-coordinatrice de la future SCMR mobile, Adriana Curado s’est engagée aux côtés de GAT en 2012. Depuis, elle a notamment participé à l’ouverture d’IN-Mouraria, le centre de RdR de GAT, en plein coeur de Lisbonne.

Elle nous décrit le fonctionnement de la future SCMR mobile : “La camionnette de GAT et MdM sera ouverte 6 heures par jour, soit 3 heures dans chaque zone concernée. Elle fonctionnera avec une équipe réduite composée de deux pairs-éducateurs, d’une infirmière et de deux co-coordonnateurs, dont un travailleur social. Un médecin sera présent quelques heures par semaine pour superviser le projet.

Une SCMR mobile pour éviter les infections et surdoses mortelles

La SCMR mobile accueillera des personnes qui s’injectent des drogues pour qu’elles puissent consommer leurs substances psychoactives dans des conditions d’hygiène adaptées, avec du matériel stérile et sous supervision de professionnels-les de santé. Les objectifs de ce dispositif sont d’éviter les infections, les surdoses mortelles et autres complications sanitaires. Adriana Curado précise : “À travers ce projet, nous ciblons exclusivement les usagers-ères de drogues injectables (UDI), qui sont particulièrement exposés-es au risque de transmission du VIH et du virus de l’hépatite C (VHC). Ils et elles pourront ainsi accéder aux soins de santé de base, aux tests de dépistage rapide du VIH, des hépatites virales et de la syphilis et à un accompagnement à l’injection [équivalent à l’accompagnement et l’éducation aux risques liés à l’injection (AERLI) en France, illégal jusqu’ici au Portugal – Ndlr]. Si les personnes nous en font la demande, nous pourrons les référer à d’autres services sociaux et de santé.

Le Portugal est connu pour avoir mis en place, dès 2001, une loi décriminalisant la consommation de toutes les drogues. Mais il aura fallu 18 ans pour que les SCMR, pourtant inscrite dans cette loi, se concrétisent. Adriana Curado explique ce paradoxe : “Pour être implémentées, les SCMR doivent être approuvées par la municipalité, puis par l’Agence nationale des drogues, qui statue sur les points techniques. Il a été très difficile de recueillir l’assentiment des décideurs locaux, car ils doivent tenir compte de l’opinion publique. A cet égard, la communication sera essentielle pour garantir l’acceptabilité du projet. Nous allons également poursuivre notre plaidoyer et notre travail de recherche pour pérenniser les SCMR à Lisbonne.

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