Edito: avant de quitter la conférence de Washington…

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Edito de Deborah Glejser, Groupe sida Genève (membre de Coalition PLUS)

Il est de tradition, à l’issue d’une conférence internationale aussi longue et intense que celle-ci, que les participants en tirent un bilan. Du point de vue du contenu des débats, mais aussi de l’intérêt que ceux-ci ont, ou non, suscités. Et pour les acteurs associatifs, du point de vue de la mobilisation aussi: car faire le voyage pour se rendre au rassemblement de plus de 20’000 personnes autour de la thématique de la lutte contre le sida est avant tout une opportunité de donner de la voix, haut et fort, là où elle peut, même microscopiquement, se faire entendre.

En terme de mobilisation, le Groupe sida Genève a pris part à Washington à des sessions de plaidoyer sur les droits des personnes séropositives mais aussi à des actions militantes et revendicatrices dans la rue (marche sur la Maison Blanche), dans le bâtiment de la conférence (manifestation pour les traitements en République Démocratique du Congo – RDC) et par voie de diffusion sur les médias sociaux (taxe Robin des Bois, RDC, liberté de circulation des personnes séropositives, etc.) Cela a-t-il un impact? Sur l’opinion publique, sur les décideurs? Difficile à dire. Mais nous avons attiré l’attention des médias et l’écho que ceux-ci peuvent donner aux messages des associations militantes n’a pas de prix.

Il est essentiel de souligner que chacune de ces activités de mobilisation, de la plus modeste à la plus spectaculaire, s’est faite de concert et dans une dynamique commune avec des partenaires internationaux extrêmement engagés et efficaces dans l’action de sensibilisation et de revendication, avec lesquels nous partageons tant de valeurs et de combats malgré des contextes si différents. Vous retrouverez le nom de ces associations camarades et complices au fil des billets d’actualité de la conférence que nous avons postés sur Fil rouge et le blog de Coalition PLUS. Qu’ils soient chaleureusement salués et remerciés ici.

Cependant cette énergie mobilisatrice contraste malheureusement avec le piètre engagement au niveau suisse. Pour la France, les ministres de la Santé et de la Recherche sont venues se joindre à la délégation française. Que faut-il penser quand nous ne voyons pas le moindre décideur politique suisse, pas même un chef de section de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), pas même un responsable de département de la Direction du développement et de la coopération (DDC), se donner la peine de faire le déplacement à Washington? Que ces personnes ont la science infuse? Que leur engagement n’est que du fonctionnariat? Qu’elles n’ont pas besoin de rencontrer leurs homologues étrangers, les experts internationaux, les acteurs de terrain pour apprendre des choses qui pourraient être utiles à leurs programmes? Qu’elles n’ont pas besoin de confronter leurs visions et leurs stratégies avec d’autres?

La Suisse, il y a 4 ans, à Mexico, était citée en exemple comme étant à l’avant-garde, voire trop audacieuse, dans sa volonté d’intégrer les nouvelles donnes scientifiques en matière d’outils de prévention de la transmission du VIH. Cette même Suisse semble aujourd’hui faire machine arrière et faire la sourde oreille vis-à-vis de tout ce qui pourrait dépasser un tant soit peu la vision doctrinaire façon « safex sex » des années 1990. Qu’on ne les prône pas immédiatement, les toutes nouvelles approches, soit. Mais qu’on refuse tout bonnement et catégoriquement de s’y intéresser, d’en discuter, de les évaluer, avant d’en décider?

Cette position attentiste et fermée au dialogue ne pourra certainement pas durer, car on sent poindre une grogne, non seulement de la part du milieu associatif suisse mais aussi de nombreux médecins, chercheurs, professionnels de la santé de notre pays. Mais en attendant que l’élan novateur, iconoclaste et courageux du « Swiss Statement » se réveille à nouveau, nous manquons des occasions importantes de progresser dans notre politique de santé et de contribuer de façon constructive au débat mondial pour combattre l’épidémie.

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