Equateur : une offre de PrEP pour les femmes transgenres

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Activités de prévention, Kimirina, Equateur.

Un projet pionnier à Quito. Kimirina, membre de Coalition PLUS en Equateur, lance dès mars 2019 la PrEP (prophylaxie préexposition) pour les femmes transgenres, dans le cadre d’une offre de santé sexuelle spécifique. Soutenu par la mairie de Paris, ce projet pilote vise à prévenir la transmission du VIH au sein de cette population particulièrement vulnérable à l’épidémie.

Les femmes transgenres, une population éloignée du système de santé public et particulièrement touchée par le VIH

Marginalisées, éloignées de la prévention et du soin, les femmes transgenres sont particulièrement vulnérables à l’épidémie de sida. On estime qu’elles sont 49 fois plus susceptibles d’être infectées par le VIH (ONUSIDA, Prevention Gap Report, 2016). Dans le monde, près d’une femme transgenre sur cinq vivrait avec le VIH (ONUSIDA, The Gap Report, 2014). En Equateur, la prévalence du VIH dans la population générale est inférieure à 1%. Mais une recherche menée par Kimirina a pu démontrer que plus d’une femme transgenre sur trois (34,8%) vivait avec le VIH dans la capitale, Quito.

En Equateur, les femmes transgenres connaissent de grandes difficultés d’accès aux services de santé publics”, remarque Christian Acosta, Directeur du programme VIH de Kimirina. “Par ailleurs, beaucoup de femmes transgenres ont recours au travail du sexe pour pouvoir vivre et l’utilisation du préservatif n’est pas systématique. C’est pourquoi Kimirina plaide pour l’introduction de la PrEP dans le pays.

Lancement de la PrEP à Quito : un outil de prévention efficace et innovant pour les femmes transgenres

Outil de prévention du VIH innovant et efficace, la PrEP est indiquée pour les femmes transgenres, qui peuvent avoir des difficultés à négocier l’utilisation du préservatif. A cet égard, la dernière étude réalisée par Kimirina sur le sujet montre que seules 35% des femmes transgenres ont utilisé un préservatif lors de leur dernière relation sexuelle avec un homme.

Pour appuyer le déploiement de la PrEP en Equateur, Kimirina a mené une première enquête d’acceptabilité et d’intention d’utilisation de ce nouvel outil de prévention en 2016 auprès des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et des femmes transgenres. Malgré un faible niveau de connaissance sur la PrEP, la quasi-totalité des répondants-es déclaraient être intéressés-es par ce moyen de prévention. En 2019, Kimirina a donc lancé un projet pilote et une étude de faisabilité de la PrEP auprès des femmes transgenres dans son centre communautaire de Quito.

“En collaboration avec le ministère de la Santé et grâce à un financement de la mairie de Paris, Kimirina va pouvoir proposer une offre de santé sexuelle adaptée aux besoins spécifiques des femmes transgenres, incluant la délivrance de la PrEP”, précise Christian Acosta. “C’est indispensable pour réduire le taux de transmission du VIH dans la communauté et agir directement sur la dynamique de l’épidémie.

Prévenir la transmission du VIH chez les femmes transgenres : l’importance d’une intervention communautaire

Afin d’assurer le succès du projet pilote, Kimirina s’appuie sur une double expertise, médicale et communautaire. D’une part, un médecin spécialiste du VIH sera en charge de la prescription de la PrEP aux femmes éligibles et qui en feraient la demande. D’autre part, Kimirina a formé des paires-éducatrices qui feront la promotion des services de santé sexuelle et pourront identifier les personnes susceptibles de recevoir la PrEP.

Grâce à la coopération Sud-Sud initiée par la Plateforme Amériques-Caraïbes de Coalition PLUS, Kimirina a également pu bénéficier de l’expérience d’une autre association communautaire au Guatemala, le Colectivo Amigos Contra El Sida (CAS). CAS a notamment appuyé Kimirina dans la définition du protocole de délivrance de la PrEP.

La dimension communautaire est essentielle dans ce type d’interventions. Pour pouvoir s’inscrire dans un parcours de santé sexuelle sur la durée, les femmes transgenres doivent se sentir écoutées, comprises et en sécurité, sans jugement et dans le respect de la confidentialité”, explique Christian Acosta. “Le recours à des paires, partageant les mêmes expériences de vie, les mêmes valeurs, la même culture, facilite ce processus”.

Les activités du projet pilote devraient débuter en mars 2019. Kimirina estime pouvoir atteindre 390 femmes transgenres à Quito. En fonction de la réussite du projet, l’objectif serait d’étendre le dispositif à l’échelle nationale.

Kimirina oeuvre pour la santé et les droits des femmes transgenres

  • En 2018, les femmes transgenres représentent plus de 20% des personnes dépistées par Kimirina.
  • Elles constituent en revanche plus de 30% des personnes dépistées positives par l’association.
  • En 2018, Kimirina a dépisté 4800 femmes transgenres, dont 122 positives au VIH.

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