Maroc : pour Amal Ben Moussa, chercheuse à l’ALCS, « il faut absolument lutter contre l’auto-stigmatisation des personnes vivant avec le VIH »

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Crédit photo : Coalition PLUS / Régis Samba Kounzi, Maroc, 2018
Crédit photo : Coalition PLUS / Régis Samba Kounzi, Maroc, 2018

A l’occasion de la conférence AIDS 2020 virtuelle, Amal Ben Moussa, chercheuse à l’ALCS (Maroc), revient sur l’enquête Stigma Index conduite au Maroc en 2016, qui fait l’objet d’une communication orale lors de cette conférence. En collaboration avec le Laboratoire Recherche communautaire de Coalition PLUS, Amal Ben Moussa a notamment analysé les données de l’enquête portant sur la stigmatisation interne, ou auto-stigmatisation. Dans cette interview, elle souligne l’importance d’une prise en charge communautaire pour permettre aux personnes vivant avec le VIH de regagner leur estime de soi et de prendre soin d’elles-mêmes. 

Bonjour Amal, peux-tu nous en dire plus sur l’enquête Stigma Index ? 

Stigma Index est une enquête internationale, qui vise à documenter les expériences de discriminations et la stigmatisation vécues par les personnes vivant avec le VIH. Le Maroc est le deuxième pays de la région MENA à avoir réalisé cette étude.

Stigma Index est une enquête complète. Elle mesure les discriminations et la stigmatisation au sein de la famille, du système de santé, du système éducatif, au travail… Mais elle prend aussi en compte l’auto-stigmatisation, ou stigmatisation interne. En raison des représentations sociales négatives et des préjugés autour du VIH, certaines personnes séropositives auront une image et une estime d’elles-mêmes dégradées. 

Les personnes vivant avec le VIH souffrent-elles de l’exclusion au Maroc ?

Les personnes vivant avec le VIH participant à cette étude n’ont pas rapporté une grande exclusion sociale et ou familiale, mais cela ne peut pas être considéré comme une preuve de soutien familial ou de l’entourage. En réalité, la raison de ces faibles taux d’exclusion est que souvent les personnes séropositives ne partagent pas leur statut sérologique avec leur famille ou leurs amis. Et c’est précisément pour éviter l’exclusion et les discriminations qu’elles optent pour le non-partage de leur statut. En effet, la stigmatisation interne est plus forte chez les personnes qui déclarent des réactions « très discriminatoires » ou « discriminatoires » par d’autre adultes membres de leur famille.

Par conséquent, c’est la peur d’être stigmatisé-e par les autres qui conduit à l’auto-stigmatisation. Au Maroc, celle-ci est assez élevée. L’auto-stigmatisation a aussi un impact sur les grandes décisions de la vie au niveau individuel, professionnel, familial… Par exemple, participer (ou non) aux activités sociales, faire une formation, se marier ou avoir des enfants. Les personnes vivant avec le VIH qui s’auto-stigmatisent vont décider de s’isoler, allant parfois jusqu’à quitter leur travail. Cette forme de stigmatisation interne est très dangereuse. Elle empêche les personnes d’aller à l’hôpital pour recevoir les soins dont elles ont besoin et les prive du soutien de leurs familles.

C’est l’un des résultats importants de cette enquête Stigma Index et c’est un constat préoccupant. En effet, le partage du statut sérologique peut être très bénéfique pour la qualité de vie de la personne. En parlant de son statut, elle pourra être soutenue et accompagnée dans sa prise en charge globale, à condition de ne pas rencontrer de réactions discriminatoires.

Comment l’ALCS agit-elle pour aider les personnes vivant avec le VIH à regagner leur estime de soi ?

Il faut absolument lutter contre cette stigmatisation interne pour améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH. D’autant plus que, malheureusement, l’auto-stigmatisation les enferme dans un cercle vicieux. Ainsi, elle renforce et légitime les discriminations et la stigmatisation des personnes séropositives par le reste de la société.

Pour y remédier, l’ALCS organise, à travers ses médiateurs thérapeutiques, la prise en charge psychosociale des personnes vivant avec le VIH. Grâce à la mise en place de groupes de parole et de séances d’auto-support, les personnes renforcent leurs capacités à prendre soin d’elles-mêmes et améliorent leur estime de soi. En outre, chaque année, l’ALCS met en place une université des personnes vivant avec le VIH. C’est un moment très fort, qui donne aux personnes les bons outils pour devenir des leaders de leur communauté. Parler de leurs problèmes, de leurs droits, permet vraiment de restaurer l’image qu’elles ont d’elles-mêmes et de leur redonner confiance en elles. 

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