COVID-19 : Coalition PLUS s’associe aux revendications des travailleurs-ses du sexe

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Travailleuses du sexe trans, militantes et usagères des services de PILS à Maurice. Crédit : Coalition PLUS / Morgan Fache/Collectif Item, 2018
Travailleuses du sexe trans, militantes et usagères des services de PILS à Maurice. Crédit : Coalition PLUS / Morgan Fache/Collectif Item, 2018

En Europe et en Asie centrale, comme dans d’autres régions du monde, la pandémie de COVID-19 met en lumière le manque de protection des travailleurs-ses du sexe. Coalition PLUS s’associe au Comité international des droits des travailleurs-ses du sexe en Europe (International Committee on the Rights of Sex Workers in Europe, ICRSE) pour demander la prise en compte de leurs revendications dans les politiques sociales et de santé publique.

Les travailleurs-ses du sexe, exclus-es des plans de sauvetage et des mesures de soutien mis en place par les gouvernements

Les travailleur-ses du sexe de tous les sexes ont été parmi les plus durement touché-es par la pandémie de COVID-19 en Europe et en Asie centrale. Le confinement, l’auto-isolement et les restrictions sur les libertés de circuler ont privés beaucoup d’entre nous de revenus, poussant certaines dans les rue et dans le dénuement, où les risques sont accrus par la pandémie. Étant donné que le travail du sexe est criminalisé à des degrés divers dans tous les pays de la région, la plupart d’entre nous n’avons pas pu accéder aux garanties prévues pour de nombreux autres travailleur-ses, telles que les indemnités de maladie et les avantages sociaux.

Nos communautés dans toute l’Europe signalent une exclusion systématique des plans de sauvetage du gouvernement et des mesures de soutien pour remplacer les revenus manquants, et dans de nombreux contextes, nous sommes même confronté-es à une surveillance et à des contrôles de police renforcés. Un grand nombre de migrant-es sans papiers travaillant dans l’industrie ne sont pas protégés par les États et les services sociaux, tandis que les travailleuses du sexe trans et les femmes de couleur luttent contre des niveaux extrêmement élevés de discrimination et de violence.

Un site web pour documenter la situation et amplifier les revendications des travailleurs-ses du sexe

Dans ce contexte, le Comité international des droits des travailleur-ses du sexe en Europe (ICRSE) a mis en place un site web pour suivre et documenter la situation et permettre le partage d’informations entre les groupes de défense des droits des travailleur-ses du sexe et leurs allié-es et amplifier les demandes du mouvement des travailleurs du sexe. Même en ces temps difficiles, nous nous réunissons en ligne, nous soutenons les un-es les autres et défions l’étiquette de victime qui nous est attachée depuis si longtemps par les militant-es abolitionnistes et les gouvernements.

Nos organisations appellent les gouvernements et les institutions européennes à développer et à mettre en œuvre des politiques fondées sur les preuves et sur les droits pour inclure et protéger toutes les travailleur-ses du sexe dans cette crise et les conséquences désastreuses qui vont suivre. Nous savons déjà qu’après la levée des restrictions, un nombre croissant de femmes, de migrants et de personnes LGBTIQ entreront dans l’industrie, ayant perdu leur emploi, accumulé des dettes et poussées dans des situations de vie précaires.

Revendication n°1 : substitution de revenu et aide au logement

Les travailleur-ses du sexe, comme toute autre communauté, veulent soutenir les efforts nationaux pour mettre fin à la pandémie et respecter les mesures telles que l’auto-confinement. Cependant, sans revenus ni soutien, bon nombre d’entre nous devront continuer à travailler pour se nourrir et nourrir nos familles et payer notre logement et d’autres frais de base.

Nous exigeons que tous les travailleur-ses du sexe, ainsi que les autres travailleur-ses informels et les travailleur-ses du care non rémunéré-es ou sous-payé-es, reçoivent une substitution de revenu immédiate et facile d’accès. Ce revenu devrait être accessible à tous, quel que soit notre statut d’immigration. Les organisations communautaires dirigées par des travailleur-ses du sexe doivent être incluses dans le développement et la distribution de ces fonds, car nos collectifs sont les mieux placés pour fournir un soutien d’urgence et ont la confiance de notre communauté très stigmatisée.

De nombreux travailleur-ses du sexe risquent en outre de devenir sans-abri, ayant perdu notre principale source de revenus et en raison de la fermeture des lieux de travail, où bon nombre d’entre nous résidaient auparavant. Un moratoire sur les expulsions devrait être instauré et ceux-celles qui ont des difficultés avec le loyer ou les versements hypothécaires devraient être soutenus, tandis que des options de logement d’urgence devraient être attribuées à ceux qui en ont un besoin urgent, en particulier pour celles-ceux qui risquent d’être victimes d’abus ou de violence dans leur résidence.

Revendication n°2 : moratoire sur les amendes, les descentes de police, les arrestations et les poursuites judiciaires

La criminalisation et la pénalisation du travail du sexe ont été condamnées par les travailleur-ses du sexe, les organisations des droits de l’homme et de la santé à travers le monde. Malgré la preuve que la criminalisation entraîne un risque trois fois plus élevé de subir des violences sexuelles ou physiques pour les travailleur-ses du sexe, et que les personnes touchées sont également deux fois plus susceptibles d’avoir le VIH et / ou d’autres infections sexuellement transmissibles (IST), nous sommes constamment surveillé-es, condamné-es à des amendes , arrêté-es et expulsé-es pour avoir travaillé et partagé des lieux de travail ou simplement être visible pour la société en tant que migrant-es, personnes de couleur, sans-abri ou LGBTIQ.

Dans le contexte actuel, la criminalisation du travail du sexe doit cesser et la police devrait plutôt orienter les groupes vulnérables vers les services essentiels. Les personnes arrêtées et détenues pour prostitution et autres accusations non violentes – y compris celles en détention administrative pour immigration – doivent être immédiatement libérées. Un moratoire sur les sanctions en cas de statut irrégulier est également essentiel; aucune procédure de retour ou de retrait ne doit être lancée ou mise en œuvre. Des pare-feu doivent être mis en place entre l’immigration et les services de santé et sociaux afin que les gens puissent accéder aux soins de santé et aux services essentiels sans crainte d’être expulsés.

Revendication n°3 : accès aux services de santé

La santé des travailleur-ses du sexe est compromise par divers facteurs, notamment les discriminations et la criminalisation. Dans les épidémies précédentes, telles que la crise du VIH / sida, les travailleur-ses du sexe, en particulier les travailleur-ses du sexe trans et travailleur-ses du sexe de couleur, ont été les boucs émissaires de la société et des médias et étiqueté-es «vecteurs de maladie». La pandémie actuelle de COVID-19 accroît considérablement la vulnérabilité des travailleur-ses du sexe à une mauvaise santé, en particulier en raison de la fermeture de la plupart des services communautaires, de la détérioration de la santé mentale dans les situations de dénuement et de la stigmatisation généralisée.

Nous exigeons que les messages liés à COVID19 soient distribués aux plus exclus et marginalisés de la société, y compris les travailleur-ses du sexe, les migrant-es,, les personnes en zones rurales et les personnes LGBTIQ, dans des formats et des langues accessibles à elles-eux. Il est de la plus haute priorité de maintenir les services sexuels et reproductifs et les soins de santé liés à la transition et d’élargir les capacités pour atteindre les groupes souvent oubliés dans la réponse à la violence sexuelle et sexiste. L’accès aux soins de santé préventifs et curatifs doit être garanti pour tous, y compris le dépistage du COVID-19, en accordant une attention particulière aux groupes les plus marginalisés de la société, quel que soit leur statut d’immigration.

Revendication n°4 : une vision à long terme pour l’inclusion des travailleur-ses du sexe, à travers la décriminalisation du travail du sexe, les réformes économiques et la régularisation des migrant-es

Comme la pandémie l’a démontré de façon spectaculaire, l’Europe doit mettre en œuvre des changements sociaux à grande échelle pour le bien des plus vulnérables et pour la société dans son ensemble. Si les mesures directes décrites ci-dessus doivent être mises en œuvre sans délai, des réformes à long terme sont également nécessaires pour mettre fin aux inégalités inhumaines. Nous exigeons que les migrant-es sans papiers, y compris celles-ceux qui travaillent dans l’industrie du sexe, aient des possibilités accessibles de régulariser leur statut pour divers motifs, développés et mis en œuvre en partenariat avec la communauté des migrant-es et les organisations de soutien. Nous exigeons que tous les résidents puissent accéder à la santé et à d’autres services, à des logements et à la justice de manière égale et sans crainte d’arrestations et d’expulsions ou de criminalisation des prestataires de services. Des réformes économiques, y compris le revenu universel ou revenu de ‘care’, doivent être développées pour mettre fin à la pauvreté qui affecte les femmes, les personnes LGBTIQ et d’autres groupes exclus. Enfin, après des décennies d’échec de la criminalisation et de la prohibition, les gouvernements doivent introduire la décriminalisation du travail du sexe.

La pandémie met en lumière les inégalités scandaleuses et l’exclusion sociale auxquelles sont confronté-es les travailleur-ses du sexe: ce n’est qu’en écoutant les travailleur-ses du sexe et en mettant en œuvre ces réformes cruciales que notre santé et notre vie peuvent être protégées. Cliquez ici pour lire une liste détaillée des exigences politiques.

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