Équateur : les travailleuses du sexe trans s’organisent pour défendre leurs droits

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Campagne réalisée par Kimirina (Equateur) en 2018 pour promouvoir la PrEP auprès des femmes transgenres.
Campagne réalisée par Kimirina (Equateur) en 2018 pour promouvoir la PrEP auprès des femmes transgenres.

A l’occasion du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, les travailleuses du sexe mobilisées pour un meilleur accès à la santé et la défense de leurs droits prennent la parole.

En Equateur, comme dans le reste du monde, les travailleuses du sexe sont fortement  vulnérables à l’épidémie de sida, plus encore quand elles sont transgenres. Dans ce petit pays d’Amérique du Sud, plus d’une femme transgenre sur trois vit avec le VIH. Pour faire valoir leurs droits et ceux de leur communauté, Ana Carolina et La Diva, deux travailleuses du sexe trans, ont décidé de s’engager.

Le travail du sexe, pour l’argent et le plaisir

Toutes deux activistes au sein de l’Association des travailleuses du sexe trans à Quito (UTERO), La Diva et Ana Carolina ont traversé des épreuves similaires. Rejetées par leurs proches qui ne comprenaient pas leur identité de genre, elles ont dû quitter le domicile familial très tôt, à l’adolescence. C’est à cette époque, par nécessité, qu’elles ont commencé à exercer le travail du sexe. 

Aujourd’hui, à 42 ans, Ana Carolina est une femme épanouie. « J’aime être moi, j’aime être une femme trans« , affirme-t-elle. « Ça me plaît d’être travailleuse du sexe, à la fois pour le plaisir et pour l’argent« . Même verdict pour La Diva, 36 ans, qui considère que son métier lui permet d’être « indépendante financièrement, sans horaires ni patron« .

Elles trouvent leurs clients principalement dans la rue, mais aussi par internet et via les petites annonces. Avec un à deux clients par jour, qu’elle facture de 13 à 40 dollars américains, Ana Carolina gagne bien sa vie. Mais, comme elle le reconnaît elle-même, elle s’expose à des situations très risquées. « C’est une vie dangereuse« , souligne-t-elle. Avec raison : l’année dernière, 12 femmes transgenres ont été tuées en raison de leur identité de genre.

La Diva, elle, voit jusqu’à 8 clients par jour, pour 15 à 30 dollars américains, selon les prestations. Elle aussi est satisfaite de sa situation financière. Mais elle rêve de quitter l’Equateur pour de nouveaux horizons…

Prendre soin de sa santé, malgré les discriminations 

Ana Carolina vit avec le VIH depuis 19 ans. Elle prend soin de sa santé, comme elle le peut : en utilisant des préservatifs avec ses clients, en fréquentant les centres de santé… La Diva aussi prend les mesures nécessaires pour rester en bonne santé. « J’utilise toujours des préservatifs, que je préfère acheter moi-même, par sécurité« , précise-t-elle. « Je ne fais pas confiance à mes partenaires, même réguliers« .

Mais les préjugés sur le VIH persistent. En outre, les professionnels-les de santé ne sont pas ou peu formés-es à la prise en charge des personnes transgenres. « Une fois, j’ai été blessée au bras, et à l’hôpital, on m’a traitée comme si j’étais contagieuse« , s’indigne Ana Carolina. « On a également refusé de me recevoir lorsque je suis allée me faire retirer une dent au centre de santé… C’était très humiliant ». La Diva confirme : elle aussi a subi des discriminations dans les établissements médicaux.

Pour assurer aux personnes trans une prise en charge digne, Kimirina propose tout un éventail de services de santé communautaire, à des horaires adaptés. Ces services vont de la consultation en médecine générale, au suivi PrEP (prophylaxie pré-exposition), en passant par la prévention, le dépistage et le traitement du VIH, des hépatites et des IST. Cette approche communautaire porte ses fruits. En 2019, l’association a dépisté près de 6400 personnes transgenres, dont 2,4% ont été dépistées positives au VIH.

S’engager, pour les droits de sa communauté 

En Equateur, le travail du sexe est légal et encadré pour les personnes âgées de plus de 18 ans. Cependant, le racolage dans la rue est interdit. Les travailleurs-ses du sexe doivent s’enregistrer et travailler dans des établissements spécialisés.

Pour les travailleuses du sexe transgenres, qui exercent principalement dans la rue, les relations avec les forces de l’ordre sont souvent compliquées.

« Il y a beaucoup d’injustices et de violences de la part des autorités publiques« , déplore La Diva. « Il y a deux ans, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai rejoint l’association des travailleuses du sexe trans de Quito, dont je suis aujourd’hui la présidente. Tout ce que nous voulons, c’est être respectées, visibles et que nos besoins soient pris en compte par la société« .

Ana Carolina, qui fait partie de la même organisation, s’est engagée il y a 5 ans de cela. « Je ne supportais plus le manque de respect pour notre métier« , s’emporte-elle. Grâce à l’association, elle a pu acquérir les connaissances nécessaires pour mieux défendre ses droits et ceux de sa communauté. Aujourd’hui, Ana Carolina transmet son savoir à d’autres femmes, pour qu’elles aussi puissent construire leur estime de soi et devenir autonomes.

Propos recueillis par Kimirina à Quito (Equateur) en février 2020. Coordination : César Bonifaz, Kimirina. Les propos ont été édités et condensés pour plus de clarté.

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