LGBTI-phobies : brisons le silence face aux violences et à la répression en temps de pandémie

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Crédit Régis Samba Kounzi, Mali, 2018
Crédit photo : Régis Samba Kounzi, Mali, 2018

Ce 17 mai 2020, le thème de la journée internationale de lutte contre les LGBTI-phobies (IDAHOBIT) nous exhorte à “briser le silence”. Un mot d’ordre plus que jamais d’actualité, alors qu’en ces temps de pandémie et de confinement, de très nombreuses  personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes) font face à la précarisation, aux violences domestiques et à la répression. En Afrique francophone en particulier, les activistes de notre  réseau thématique AGCS PLUS demandent le respect de leurs droits. 

AGCS PLUS, réseau thématique de Coalition PLUS dédié à la défense des droits des minorités sexuelles en Afrique francophone, brise le silence 

Face aux discours de haine et aux violences, les personnes LGBTI renoncent déjà trop souvent en temps normal aux services de santé, auxquels elles ont pourtant droit”, déplore Axel Akpaca, porte-parole d’AGCS PLUS. “Elles restent d’autant plus vulnérables en cette période de crise.” 

Axel Apkaca (AGCS PLUS) : « Les personnes LGBTI sont plus vulnérables en cette période de crise »

A l’occasion du 17 mai, journée internationale de lutte contre les LGBTI-phobies, AGCS PLUS se mobilise plus particulièrement pour visibiliser les problématiques que rencontrent les personnes LGBTI en Afrique francophone. Le réseau se fait entendre jusque dans les instances internationales. “Nous bataillons aux Nations unies, à Genève, pour mettre la dépénalisation de l’homosexualité à l’agenda politique”, précise Franz Mananga, coordonnateur d’AGCS PLUS. “Plus que jamais, nous nous engageons pour une meilleure prise en compte des besoins réels de ces populations, notamment en matière de lutte contre VIH.” 

Une journée symbolique pour défendre les droits des personnes LGBTI dans le monde

Il y a 30 ans exactement, le 17 mai 1990, l’OMS retirait l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Cette date symbolique marque désormais la journée internationale de lutte contre les LGBTI-phobies (IDAHOT). Caractérisées par l’hostilité, le rejet et les discriminations à l’encontre des personnes LGBTI, les LGBTI-phobies (lesbophobie, homophobie, biphobie, transphobie, intersexophobie) ont de graves conséquences, tant sur les plans socio-économique et psychologique que sur celui de la santé publique. 

En effet, ces discriminations atteignent les personnes dans leur dignité et leur estime d’elles-mêmes. Elles les isolent socialement, les privent d’opportunités économiques et les précarisent. Par ailleurs, au sein même des systèmes de santé, la stigmatisation, le jugement et la méconnaissance de leurs pratiques les privent encore trop souvent de soins de santé de qualité. 

Une population particulièrement vulnérable au VIH/sida 

Pour toutes ces raisons, les personnes LGBTI, notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et les femmes transgenres, sont particulièrement affectées par l’épidémie de VIH/sida. C’est d’autant plus le cas dans les contextes où l’homosexualité est fortement réprimée. Ainsi, au Cameroun, où les relations sexuelles entre personnes du même sexe sont criminalisées, 1 homme gay sur 5 vit avec le VIH. Or, 70 États continuent de criminaliser les actes sexuels consensuels entre personnes du même sexe. 26 d’entre eux les sanctionnent par des peines de prison allant de 10 ans à perpétuité. 6 pays appliquent toujours la peine de mort.

Il faut se mettre à la place des gens ! Si on vous réprime, si on vous insulte, si on vous frappe en raison de votre orientation sexuelle ou de votre identité de genre, vous n’oserez pas parler ouvertement de vos problèmes de santé à des professionnels”, s’emporte Jeanne Gapiya, Présidente de l’ANSS (Burundi) et administratrice de Coalition PLUS. “Résultat, vous n’aurez pas accès à la prévention, au dépistage et aux traitements. Cela doit changer !

COVID-19 : la stigmatisation des personnes LGBTI se renforce

Dans le contexte de la pandémie mondiale de COVID-19, les violations des droits des personnes LGBTI se multiplient. A l’instar de la Hongrie, certains gouvernements opportunistes profitent de l’occasion pour revenir sur la reconnaissance de l’identité des personnes transgenres et intersexes. D’autres, comme l’Ouganda, instrumentalisent les mesures de santé publique pour renforcer la répression contre les communautés LGBTI. En outre, pour certains responsables religieux, notamment aux Etats-Unis, mais aussi au Bénin, le coronavirus serait un “châtiment divin”, visant à punir l’homosexualité. 

Ces politiques répressives et ces discours de haine alimentent le sentiment LGBTI-phobe dans toute la société, jusqu’au sein des familles. Le confinement appliqué dans certains pays peut donc s’avérer particulièrement difficile à vivre, voire dangereux, pour les personnes LGBTI. Ainsi, en France, les signalements de violences intrafamiliales contre des jeunes homosexuels sont en hausse. En réponse à ces multiples défis, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a publié une note d’orientation, appelant les États et les autres parties prenantes des Nations unies à protéger les populations LGBTI, particulièrement fragilisées par la crise sanitaire. 

Au Cameroun, Affirmative Action poursuit ses actions en direction des personnes LGBTI grâce au fonds d’urgence de Coalition PLUS

Afin de garantir l’accès aux soins pour les plus vulnérables, tout en combattant la propagation du COVID-19, les associations membres et partenaires de Coalition PLUS adaptent leurs actions, grâce à la mise en place de notre fonds d’urgence. Au Cameroun, l’association Affirmative Action, membre de notre Plateforme Afrique centrale et de l’Est (PACE), qui intervient auprès des LGBTI, a ainsi pu s’équiper en matériel de protection et d’hygiène (masques, gel hydroalcoolique, savons…). 

Kevin Evina, responsable du plaidoyer de l’association, fait le point sur la situation camerounaise : “Le 17 mars 2020, les ‘points chauds’ ont été fermés par circulaire gouvernementale. Cette fermeture a bouleversé le quotidien des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes et des femmes transgenres, car il s’agit de leurs lieux de rencontres et de travail. Ce sont les endroits où ils et elles peuvent se retrouver en communauté et gagner leur vie. Ces mesures les isolent et les précarisent encore plus.” Kevin Evina constate en outre que les messages de prévention délivrés par le gouvernement ne prennent pas en compte les spécificités des communautés  LGBTI. 

Kevin Evina (Affirmative Action) : « L’homophobie a de graves conséquences sur la santé des LGBTI ».

Enfin, le contexte de pandémie pèse sur la lutte contre le VIH/sida, qui n’est plus considérée comme une priorité au Cameroun. Ce constat rejoint celui de l’ONUSIDA au niveau mondial. L’organisation a d’ailleurs alerté les Etats sur les effets dramatiques d’une rupture des campagnes de prévention, d’accès aux soins et aux traitements du VIH. En effet, une perturbation de six mois dans l’accès aux antirétroviraux pourrait entraîner plus de 500 000 morts supplémentaires en Afrique entre 2020 et 2021. Du jamais-vu depuis 2008, lorsque 950 000 personnes étaient mortes du sida dans la région.

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